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Homélie pour le 8e dimanche TO, année C
Siracide 27,4-7 / Psaume 91 / 1Corinthiens 15, 54-58 / Luc 6, 39-45
> Une homélie n’est faite ni pour être lue ni pour être vue en vidéo, c’est un exercice oral. Vivez l’expérience pleinement en l’ECOUTANT :
Chers Amis,
J’ai une question à vous poser, pour commencer : est-ce qu’à chaque fois que vous vous apprêtez à parler de quelqu’un, vous faites passer ce que vous avez à dire par les trois filtres à café ?
Alors vous allez me dire : c’est quoi, ces filtres à café ?
C’est une petite histoire qui vient de la Grèce Antique. Au départ on l’appelle l’histoire des trois tamis. Mais actualisons-la avec des filtres à café, ça parle mieux aujourd’hui.
Pourquoi des filtres à café, déjà ? Bah parce que si vous croyez boire un bon café simplement parce qu’il sort de jolies capsules colorées, il va quand même falloir un jour goûter du vrai café ! je dis ça, je dis rien…
L’histoire dit ceci : deux copines se parlent au téléphone, et l’une des deux dit à l’autre :
- Il faut A-BSO-LU-MENT que je te raconte, tu sais pas la dernière…
Et l’autre lui dit :
- Attends, attends, attends… Est-ce que tu as bien fait passer ce que tu veux me dire par les trois filtres à café ?
Tout intriguée, la première demande ce que sont ces trois filtres à café…
- Le premier filtre, dit l’autre, c’est la vérité : est-ce que ce que tu veux me dire est vrai ?
Alors à l’autre bout du fil, la copine bredouille que… bon, elle tient cette information d’une autre copine… qui l’a vue sur Internet, sur la chaîne YouTube d’un influenceur qui aurait entendu qu’un gars des services secrets aurait dit que…
Oui-oui-oui-oui-oui… La nouvelle que veut a-bso-lu-ment dire cette copine au téléphone ne passe donc déjà pas tout à fait le premier filtre : pas sûr que ce soit vrai.
Au téléphone, son interlocutrice lui dit :
- Donc tu n’es pas certaine que ce soit vrai. Mais au moins, tu as fait passer ce que tu veux me dire par le deuxième filtre : la bonté. Est-ce que ce que tu veux me dire est bon ?
Alors là, la copine se râcle la gorge au téléphone et dit…
- Bah heu…. Non… c’est même plutôt scandaleux… mais ça concerne une personne super importante, il faut a-bso-lu-ment que je te le dise !
- Oui-oui-oui-oui-oui, dit l’autre… ce que tu as à me dire ne passe donc pas forcément non plus par le deuxième filtre… Mais au moins tu as vérifié que cela passe le troisième filtre : l’importance. Est-ce que ce que tu t’apprêtes à me dire est de nature à changer ma vie, est-ce qu’il est indispensable que je sois au courant ?
Et là, silence.
- Alors, reprend-elle, si ce que tu veux me dire n’est ni vrai, ni bon, et qu’il n’est pas indispensable que je sois au courant, je préfère ne pas l’entendre. Et quant à toi, je te conseille de l’oublier. A bientôt…
Et elle raccroche.
Jésus, dans l’Evangile que nous venons de réentendre, Chers Amis, nous présente lui aussi ces trois mêmes filtres à café, ces trois tamis. Trois filtres qui nous sont très utiles lorsque nous prétendons avoir, notamment, un avis sur quelqu’un. Même sur quelqu’un de très connu, d’ailleurs !
Le premier filtre, celui de la vérité, Jésus nous le présente à travers la parabole des deux aveugles. Un aveugle ne peut pas guider un autre aveugle, c’est évident !
Est-ce que je suis certain d’avoir le bon regard sur la personne dont je m’apprête à juger les actes et les paroles ? Est-ce que par hasard mon regard n’aurait pas été aveuglé par la jalousie, la colère, la passion, l’émotion, les préjugés ?
Ou tout simplement ne serais-je pas aveuglé par la certitude que j’ai de la véracité de mes informations ? « Bah oui, c’est vrai puisque je l’ai lu sur Internet ! » …Attention à ce que nous lisons sur internet, Chers Amis…
« Bah oui, c’est forcément vrai puisque Philippe Revaz l’a dit au 19.30 ! »
Oui, c’est vrai, mais il n’y a pas forcément TOUTE la vérité en trente minutes…
La séquence à la Maison Blanche, vendredi, entre Trump et Zelensky, vous l’avez tous vue, j’en suis certain ! « C’est vrai, c’est exactement comme ça que ça s’est passé ! » Et on est choqué, alors on commente, on commente, on commente… Y en a plein les bistrots, des gens qui commentent cette séquence ce week-end. Et chacun est certain d’avoir vu ce qui s’est passé.
…Sauf que la vraie séquence dure 50 minutes, et qu’on ne vous en a montré que les dix dernières, voire même les 3 ou 4 dernières minutes.
Petit problème, hein…
Etes-vous certains d’avoir de quoi juger, commenter ? Etes-vous certains de savoir exactement ce qui s’est dit ce jour-là, TOUT ce qui s’est dit ? Moi non, hein.
Ne serions-nous pas, régulièrement, un tout petit peu aveuglés par ce que les médias veulent bien nous montrer ? …et par ce qu’ils oublient soigneusement de nous montrer ?
Ceci soit dit sans prendre nullement position pour un camp ou pour un autre, ce n’est pas du tout le lieu ici pour cela.
Faisons simplement attention, Chers Amis, à ce que nous sommes SÛRS d’avoir vu, à ce que nous sommes CERTAINS d’avoir compris. La réalité est souvent un peu plus complexe et nous sommes bien souvent des aveugles guidés par d’autres aveugles.
Faisons aussi passer nos avis par le deuxième filtre, celui de la bonté. Jésus nous le donne à travers la parabole de la paille et de la poutre.
On la connaît bien, cette parabole !
Est-ce qu’avant de prétendre avoir un avis sur quelqu’un d’autre je me suis passé moi-même au crible ? Est-ce que j’ai commencé par balayer devant ma porte ? Si ce n’est pas le cas, comment est-ce que j’ose reprocher à l’autre ce que je ne suis pas forcément capable de respecter moi-même ?
Et puis la bonté voudrait aussi que j’essaie de me mettre à la place de l’autre. Est-ce que je me suis mis à la place de l’autre, avant de juger sa façon de faire ? Est-ce que je sais ce qu’il y a dans son cœur, pourquoi il a réagi comme cela ? Pas sûr…
Faisons donc passer nos jugements par le filtre de la bonté, Chers Amis.
Et puis Jésus nous présente le troisième et dernier filtre, celui de l’importance, le filtre qui a pour but de vérifier si ce que je m’apprête à dire va porter du fruit, et du bon fruit.
Et il le présente, ce filtre, justement à travers des fruits. A travers la parabole du raisin qui ne poussera jamais sur des ronces, c’est impossible… de l’arbre pourri qui ne peut pas porter de bons fruits.
Est-ce qu’avant d’ouvrir la bouche j’ai la certitude que ce que je vais dire est de nature à porter de bons fruits ? Est-ce que je peux le supposer, au moins ?
Parce que, comme nous dit aussi Jésus à la fin de l’Evangile : ce qui sort de la bouche, c’est ce qui déborde de notre cœur. Si, dans mon cœur, j’ai de la colère, il y a fort à parier que c’est de la colère qui va sortir de ma bouche… Si j’ai le cœur rempli de jalousie ou de préjugés par rapport à la personne dont je m’apprête à parler, il est peu probable que ce qui va sortir de ma bouche sente vraiment la rose…
Dans ce cas, mieux vaudrait sûrement adopter le silence. Cela m’évitera d’être jugé sur de vaines paroles.
Parce que c’est bien souvent sur ce que nous disons que les autres nous jugent, comme le rappelait la première lecture, le livre de Ben Sira le Sage. Et les autres n’utilisent pas toujours les trois filtres à café, les trois tamis, pour juger nos paroles et nos actes.
Ne nous laissons pas ébranler par des nouvelles prétendûment a-bso-lu-ment essentielles mais qui ne vont porter aucun fruit, Chers Amis !
Soyons inébranlables, comme nous le suggérait Paul dans la deuxième lecture. C’est ainsi que nous construisons du solide, le Royaume de Dieu ! Soyons inébranlables dans notre façon de juger. Ne nous laissons pas influencer, aveugler par ce que nous lisons sur Internet ou ce qui déborde de nos cœurs.
Et si vraiment nous voulons nous exprimer au bistrot, au téléphone, sur les réseaux sociaux en ayant la certitude que nous avons fait passer ce que nous avons à dire par les trois filtres, alors faisons ce que le psaume nous suggérait : louons le Seigneur, racontons les bontés de Dieu à qui veut les entendre. Ça, c’est à la fois vrai, bon et de nature à porter du fruit, ça passe tous les filtres !
Que l’urgence de nos paroles, Chers Amis – et je le dis pour moi le premier ! – ne soit donc pas de commenter des disputes ou des guerres mais plutôt d’annoncer la Bonne Nouvelle, autant que possible.
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Montreux, samedi 1er mars 2025, 18.00
Aigle, dimanche 2 mars 2025, 10.00 (version enregistrée)

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