Les codes secrets du bord du lac

Classé dans : Homélies, Méditer | 0
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Chers Amis,

J’ai une question pour vous :

  • Est-ce que vous aimez le chocolat ?

Ah il y a toujours quelques personnes qui disent « non »…

Je pose maintenant une question plus sérieuse aux couples qui sont parmi nous :

  • Est-ce que vous aimez votre conjoint ?

J’espère pas entendre de « non », cette fois-ci !

A priori rien à voir, n’est-ce pas, entre mes deux questions, entre le fait d’aimer le chocolat et le fait d’aimer son épouse ou son époux. Enfin j’espère qu’il n’y a rien à voir !

Et pourtant, en français, on utilise le même verbe, vous avez remarqué ? On aime le chocolat et on aime son épouse.

Dans quasiment toutes les autres langues de la planète, il y a au moins deux verbes pour dire cela :

  • un autre verbe pour dire qu’on aime bien, comme on aime le chocolat…
  • et un autre verbe pour dire que l’on aime vraiment, pleinement, totalement – comme on est censé aimer son épouse ou son époux…

Alors, me direz-vous, puisqu’il y a deux verbes – y compris dans la langue de Jésus et y compris dans le grec dans lequel a été écrit l’Evangile – puisque Jésus demande trois fois à Pierre « m’aimes-tu ? », quel est donc le verbe que Jésus utilise ? Et est-ce qu’il utilise trois fois le même verbe, d’ailleurs ? Bonne question ! Et puis Pierre, quand il répond « je t’aime », quel verbe utilise-t-il ? Est-ce qu’il aime Jésus comme le chocolat ?

Bien sûr, vous le devinez, le Christ attend de Pierre qu’il l’aime totalement. Et c’est pourquoi il utilise d’abord le verbe fort, dans sa première question : « Simon, est-ce que tu m’aimes vraiment ? », Mais Pierre, dans sa réponse, utilise le verbe faible : « Seigneur, tu le sais, je t’aime… un peu. Je ne suis pas encore capable de t’aimer comme je voudrais, de donner ma vie pour toi. »

Alors le Christ repose la question avec le verbe fort : « Simon, fils de Jean, est-ce que tu m’aimes vraiment ? » Et Pierre à nouveau utilise le verbe faible : « Seigneur, tu le sais, je ne t’aime qu’un peu… »

Et c’est là que cela devient intéressant parce que, la troisième fois, Jésus change : il utilise le plus faible des verbes : « Simon, est-ce que tu m’aimes au moins un peu  ? »

Et Pierre répond : « Tu sais tout, tu sais bien que je ne t’aime qu’un peu, que c’est comme cela que je t’aime. »

Et c’est pour ça que Pierre est triste : parce qu’il se rend compte que même à la troisième fois, il n’arrive pas à dire à Jésus qu’il l’aime de tout son cœur.

Bien sûr que le Christ attend un amour total de notre part aussi, mais bien sûr que nous sommes comme Simon-Pierre : nous sommes incapables de l’aimer comme lui, il nous aime. Pour le moment, du moins.

Pierre avoue enfin qu’il n’en est pas capable !

Pourquoi je dis qu’il avoue enfin cela, qu’il est enfin honnête avec Jésus ? Parce que, souvenez-vous, quelques jours auparavant, Pierre avait dit à Jésus : « Même s’il me faut mourir pour toi,  je ne te renierai pas ! » …et puis on connaît la suite : il l’a renié trois fois !

Et ce n’est pas pour rien que Jésus lui demande TROIS FOIS « Pierre, m’aimes-tu ? »…

Trois reniements qui s’étaient déroulés, souvenez-vous, dans la cour du Grand-Prêtre autour d’un feu de braises… vous vous souvenez ? Quand Pierre se chauffe auprès du feu…

Et comme par hasard, ce jour-là au bord du lac, Jésus attend Pierre autour… d’un feu de braises !

Comme si Jésus voulait dire : « On en reparle, de cette nuit-là, Pierre ? Tu n’aurais pas quelque chose à me dire par rapport à cette nuit-là… ? » C’est d’autant plus fort que ce mot – feu de braises – n’apparaît que DEUX FOIS dans TOUTE LA BIBLE… au reniement de Pierre et là, et là sur la plage, au bord du lac.

Mais notre texte ne s’arrête pas à cela. Il y a un autre code secret caché dans ce texte, que vous ne pouvez pas comprendre si vous n’avez pas les clés.

Première question : « M’aimes-tu vraiment, Pierre ? » et Pierre répond : « Seigneur, je t’aime un peu… » Alors Jésus va donner une mission à Pierre : « Ah-ah, semble dire Jésus, tu es enfin honnête avec moi ! Tu avoues que tu ne m’aimes qu’un peu. Alors ‘Sois le berger de mes agneaux.’ »

Les agneaux, c’est pas encore les brebis. C’est un petit troupeau. C’est un rôle de curé de paroisse que confie Jésus à Simon ce jour-là.

Et puis il y a la deuxième question : « Est-ce que tu m’aimes vraiment ? » et Simon répond la même chose : « Je ne t’aime qu’un peu, Seigneur… » « Ah-ah, semble dire Jésus… tu continues d’être franc ? ça change ! Eh bien alors ‘sois le pasteur de mes brebis’ »

Ça n’est plus le berger, c’est le pasteur. C’est un rôle un peu plus administratif, en grec. Mais ce ne sont plus les agneaux, ce sont les brebis, c’est un troupeau plus important. Le pasteur des brebis, c’est un rôle d’évêque que propose Jésus à Pierre.

Mais il y a la troisième question : « Simon, est-ce que tu m’aimes un peu, AU MOINS ? » et Pierre répond : « Bah oui, tu sais bien que c’est comme ça que je t’aime. » « Ah-ah, tu es franc jusqu’au bout cette fois-ci ! Eh bien alors ‘sois le berger de mes brebis’ ».

On retrouve le berger, mais avec le grand troupeau des brebis. Et ça, c’est le rôle de pape que propose Jésus à Simon-Pierre.

Vous voyez que, plus l’on est humble dans nos réponses et plus Dieu nous propose des choses importantes.

Pierre sera le premier pape. Et c’est d’autant plus intéressant de s’en souvenir au moment d’élire le 267e successeur de Pierre ! Puissent les Cardinaux se souvenir cette semaine que c’est en étant humble, en reconnaissant ses faiblesses, que Pierre a trouvé grâce auprès de Jésus… » !

Au fond, plus nous sommes honnêtes avec Dieu, plus il nous élève ! C’est un enseignement assez subversif dans notre monde d’aujourd’hui parce que c’est l’exact contraire du travail au mérite : plus vous reconnaissez vos faiblesses, plus vous reconnaissez votre incapacité, et plus Dieu vous confie des choses ! C’est assez étrange, quand même !

Dans notre première lecture, le Grand-Prêtre estime justement que les Apôtres ne sont pas capables d’enseigner, il leur interdit d’enseigner ! Ils n’ont pas les diplômes ! Mais avec Dieu, il n’y a pas besoin de diplômes : c’est Dieu qui décide si vous enseignez ou pas. Ce n’est pas parce que le monde estime que n’êtes pas fait pour quelque chose que Dieu ne va pas vous appeler à cette chose-là !

C’est une forme de sagesse, voyez-vous, de reconnaître que Dieu ne fonctionne pas comme le monde. C’est la sagesse dont parlait aussi notre deuxième lecture, le livre de l’Apocalypse : la sagesse de reconnaître que la manière de penser de Dieu n’est pas tout à fait celle des êtres humains.

Et je gage, Chers Amis, que la manière qu’aura l’Esprit-Saint de choisir un pape cette semaine se rira de tous les pronostics, de tous les favoris, de toutes les émissions spéciales que vont vous proposer vos médias pour vous dire à l’avance qu’en fait, ils ne savent rien.

Mais ce qui est important derrière tout cela, c’est de nous souvenir qu’à nous aussi Jésus pose la question : « Est-ce que tu m’aimes VRAIMENT ? »

Puissions-nous alors avoir l’honnêteté de Pierre, de répondre comme lui ce jour-là : « Seigneur, tu sais tout… tu sais bien que j’aimerais t’aimer bien davantage. »

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Montreux, samedi 3 mai 2025, 18.00

Aigle, dimanche 4 mai 2025, 10.00

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