L’infini dans le coeur…

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Chers Amis,

Vous qui êtes ici dans cet igloo, vous qui êtes à l’écoute de RTS Espace 2, il y a des dimanches comme ça ou on se dit que les sages qui ont composé notre lectionnaire, à l’époque du Concile de Vatican II, ont rassemblé pour ce matin les textes les plus difficiles à comprendre de toute la Bible. Ils sont là, ils nous ont fait un multi pack, c’est pour nous ce matin, voilà !

Alors évidemment, il y a des phrases là-dedans qui ne sont pas faciles à entendre. On a eu un petit peu les oreilles qui saignaient si on a écouté les textes que nous avons entendus…

La première lecture, par exemple le prophète Jérémie qui nous dit : « Maudit soit l’homme qui met sa foi dans un mortel », c’est à dire dans un autre être humain. Bah allez dire cela à celles et ceux qui viennent de fêter la Saint Valentin – dont d’ailleurs les 2 couples de notre quattuor – allez dire cela aux personnes qui ont effectivement mis leur foi dans un autre mortel, qui sont en couple : « Vous êtes maudits parce que vous avez mis votre foi dans un autre être humain ! »…pas sûr que ce soit très agréable à entendre quelques heures après la fête des amoureux !

Et puis il y avait l’Évangile : « Heureux, vous les pauvres, heureux vous qui avez faim, heureux vous qui pleurez… » Allez dire ça aux réfugiés qui essaient de traverser la mer ou bien tout simplement à l’un ou l’autre de ces mendiants qui sont dans la rue et qui y passent la nuit alors que nous avons des nuits froides en ce moment : « Vous avez faim ? eh bien tant mieux, vous êtes heureux, c’est magnifique ! Vous pleurez ? Mais quel bonheur, tant mieux, vous êtes heureux ! » …si vous ne vous prenez pas un crochet du droit en retour, vous avez bien de la chance !

Pas évident d’entendre ces phrases !

Alors que vient nous dire Dieu à travers ces textes en apparence si délicats, si difficiles à comprendre ?

Vous sentez bien que, comme très souvent avec la Bible d’ailleurs, il ne faut peut-être pas les prendre au pied de la lettre. Il y a certainement autre chose derrière, autre chose que ce qui nous heurte au premier abord.

Ce que vient nous dire la Bible, dans d’autres textes aussi d’ailleurs, je crois que c’est d’abord que celui qui a les deux pieds sur terre a les moyens d’être heureux en ce monde.

C’est le magnifique psaume qui nous a été chanté tout à l’heure qui nous le disait, le premier des 150 psaumes de la Bible – et les premiers versets : « Heureux est l’homme qui est comme un arbre planté près d’un ruisseau », parce qu’alors il donne son fruit.

Vous me direz : « Oui, mais on n’est pas tous plantés près d’un arbre auprès d’un ruisseau ! Il y a aussi des personnes qui habitent en ville. »

Evidemment.

Mais l’eau vive de ce ruisseau, ce peut être beaucoup de choses.

L’amour d’un couple, c’est de l’eau vive : heureux l’homme, la femme qui est enracinée auprès d’une source d’eau vive.

L’eau vive, ça peut être la parole de Dieu. Aussi heureux êtes-vous si vous êtes enracinés dans cette eau-vive-là.

D’ailleurs, dans le livre de Jérémie, notre première lecture, nous avons aussi entendu cette image de l’arbre planté près de l’eau…

Avoir les deux pieds sur terre – et si possible près d’une source d’eau vive, quelle qu’elle soit, c’est donc déjà un signe de béatitude, c’est un moyen d’être heureux.

Les deux pieds sur terre, c’est bien, mais les yeux levés au ciel, c’est pas mal aussi ! Et ça, c’est Paul qui nous le disait dans la deuxième lecture de ce matin, que vous avez certes entendue en espagnol, mais en français ça donnait : « Si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est sans valeur. »

Eh bien oui, c’est bien pour cela que vous nous écoutez ce matin !

C’est bien pour cela que vous, ici à Leysin, vous êtes venus. Pourquoi ne pas regarder le ski à la télévision en ce moment même et lui préférer la messe ? Et bien tout simplement parce que nous préférons regarder vers le ciel plutôt que vers le bas de la piste. Nous avons les yeux levés au ciel et les deux pieds bien sur terre.

Faut quand même regarder où on marche, hein… ne faites pas cela tout seul, tout à l’heure, surtout ici dans la neige : si vous avez les deux pieds sur terre, regardez quand même aussi où vous marchez.

Mais nos yeux sont levés vers le ciel parce que c’est notre foi qui enracine toute notre existence dans les cieux, dans notre vie à venir. C’est bien aussi d’ailleurs ce qui nous console lors des périodes de deuil : nous croyons que nos défunts sont là-haut dans le ciel, ce ciel vers lequel nous avons les yeux levés.

C’est aussi ce qui nous fait vivre, parce que notre foi ne se borne pas à tout ce qui est limité autour de nous, à commencer par notre petite planète.

Notre foi ne se limite pas non plus aux souffrances de ce temps, elle est ancrée comme l’ancre d’un navire dans le ciel, là où le Ressuscité nous précède. Et c’est encore Paul, dans la deuxième lecture, qui nous le disait : « Si nous avons mis notre espoir dans le Christ uniquement pour cette vie, cette vie d’ici-bas, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes », disait Paul.

C’est dans la vie éternelle qu’il nous faut placer notre espérance, évidemment ! Dans l’infini de Dieu ! C’est l’infini que nous devons avoir à cœur.

Alors c’est bien joli tout ça, mais vous me direz : « Il n’empêche que ‘Heureux vous les pauvres’ et ‘Quel malheur pour vous les riches’, on l’a bien entendu ! »

Et on le prend en pleine figure… qu’on soit pauvre ou riche d’ailleurs, hein !

Mais là encore, c’est parce que nous lisons ce texte avec nos yeux et nous l’entendons avec nos oreilles d’êtres humains. Il convient de le lire avec les lunettes de Dieu.

Qui sont les pauvres ? Être pauvre ici-bas, on sait bien ce que ça signifie ! Mais être pauvre aux yeux de Dieu, être pauvre selon Dieu, c’est quoi ?

Eh bien ce pourrait, par exemple, ne pas être encombré des richesses du monde, savoir vivre un peu plus simplement comme les gens de nos villages, de nos montagnes, comme ceux d’ici à Leysin, sans le dernier gadget à la mode, sans forcément la dernière version de notre téléphone portable. Savoir traverser les magasins en période de soldes sans rien acheter ! Essayez ça, c’est un exercice magnifique ! Je le fais régulièrement, traverser un grand magasin en période de soldes ou non d’ailleurs, et ne rien acheter. Vous verrez, quand vous ressortirez, vous ressentirez un sentiment de liberté absolument magnifique ! Essayez, ça vaut la peine…

Pleurer… « Heureux ceux qui pleurent », qu’est-ce que c’est, pleurer aux yeux de Dieu ? Parce que pleurer à vues humaines, on connaît, on a tous pleuré un jour ou l’autre et on pleurera encore… Mais pleurer selon les critères de Dieu, qu’est-ce que ça signifie ?

Eh bien je crois que c’est, par exemple, savoir pleurer plutôt que rester indifférent.

Les personnes qui ne pleurent plus, qui ne se mettent plus en colère devant les atrocités de notre monde, devant les crimes faits aux enfants, ces personnes qui ne sont même plus capables de pleurer, de se mettre en colère, me font beaucoup de souci.

L’indifférence de notre monde est l’une des armes du démon.

Savoir pleurer lorsque c’est nécessaire, c’est très important. On parle du don des larmes.

Et puis il y a aussi savoir pleurer avec ceux qui pleurent. Ça, c’est aussi Paul qui nous le dit dans une autre de ses lettres, la lettre aux Romains.

Savoir pleurer avec ceux qui pleurent, c’est une véritable qualité. Si vous voyez quelqu’un pleurer et puis que vous lui dites : « Oh, ça va ! Arrête avec des jérémiades, ça suffit maintenant ! » …bah c’est pas tout à fait ajusté au message de la Bible !

Savoir pleurer avec ceux qui pleurent, c’est important. Se laisser émouvoir par la personne émue, c’est important.

Et puis, il y a ce fameux texte des Béatitudes chez Luc, cette série de « Heureux » et de « Malheur à vous »…. Et il ne faut pas oublier, ça nous était dit dans cet évangile, que ce texte s’adresse aux disciples de Jésus. Bien qu’il y ait une grande foule tout autour, le texte le précise, c’est à ses disciples que Jésus s’adresse dans ce texte. C’est à dire à celles et ceux – comme vous, Chers Amis, comme vous qui nous écoutez, comme vous qui êtes ici, à celles et ceux qui veulent le suivre.

Peut-être bien, alors, que les pauvres selon Dieu, que ceux qui savent pleurer selon Dieu, c’est vous, c’est moi, c’est nous. C’est nous quand nous essayons de suivre le Christ du mieux que nous le pouvons.

Peut-être que nous sommes richissimes de cette pauvreté-là ! Peut-être bien que cela nous rend beaucoup plus heureux que l’indifférence ou que la richesse matérielle de ce monde.

Vous voyez, Chers Amis, il faut toujours essayer d’aller chercher – derrière un texte qui nous heurte – ce qu’il essaie vraiment de nous dire dans l’infini de notre cœur.

Peut-être bien qu’essayer de suivre le Christ, d’être heureux à travers les aléas de la vie, c’est finalement avoir les deux pieds bien sur terre, les yeux levés au ciel… et l’infini dans le cœur.

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Montreux, samedi 15 février 2025, 18.00

Leysin, dimanche 16 février 2025, 9.00 (radiodiffusée par RTS Espace 2)

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