Je t’aime tellement que je te mangerais !

Classé dans : Homélies, Méditer | 0
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Chers Amis,

Nous portons chacune, chacun, un prénom, parfois même plusieurs. Nos sœurs ici présentes se sont même souvent choisi un nouveau prénom lorsqu’elles ont embrassé la vie religieuse. Mais je ne connais personne, mais alors personne, qui porte cet étonnant prénom, Melkitsédek, ce prénom que nous avons entendu dans la première lecture.

…Melkitsédek… quel nom mystérieux.

Melkitsédek, c’est un prénom hébreu. Et il est formé de deux mots de la langue de Jésus, deux mots hébreux donc. MéLèCH, d’abord, qui veut dire le Roi. Et puis TSaDiQ. TSaDiQ, ça ne veut pas du tout dire sadique, comme on pourrait le supposer… en hébreu ça veut dire « la justice ». MéLèCH-TSaDiQ, Melkitsédek, le « roi de justice ».

Alors d’emblée, à nous qui sommes des disciples de Jésus, ça rappelle vaguement quelqu’un, hein, le roi de justice… même si le livre de la Genèse, notre première lecture, a été écrit bien-bien avant la venue du Christ.

On sait bien que le Nouveau Testament était caché dans l’Ancien, il y a des figures christiques dans l’Ancien Testament. Melkitsédek semble en être une.

Mais ce n’est pas tout ! Car la première lecture ajoutait que ce Melkitsédek est « roi de Salem ».  Alors vous pourriez essayer de chercher Salem sur une carte, et certainement qu’il y a l’un ou l’autre patelin qui porte ce nom, mais c’est plutôt symbolique ici : ça vient aussi de l’hébreu, « Shalom », qui signifie « la paix », vous le savez bien.

On retrouve « Salem » dans le mot « Jérusalem », bien sûr, « la ville de paix »… enfin on espère qu’un jour, elle puisse porter ce nom à juste titre… J’ai peur que ce ne soit pas gagné pour le moment !

Melkitsédek, c’est donc le roi de justice et de paix. Mais ce n’est pas tout. Car il vient apporter, vous l’avez entendu… du pain et du vin ! Là si ça ne vous rappelle personne, il faut sérieusement envisager de retourner faire quelques leçons de catéchisme !

Parce que, normalement, devrait se dessiner la figure du Christ !

Le roi suprême de justice et de paix qui vient pour un repas, c’est Jésus, c’est le Christ. D’ailleurs, comme Evangile cette année, pour notre fête, nous avions la multiplication des pains ! Il n’y a que le roi suprême de justice qui soit capable de donner à manger à tous.

Mais les textes vont beaucoup plus loin, en cette fête. Parce qu’il va lui-même se donner à manger. Il se donne lui-même en nourriture sur cette table. C’est notre deuxième lecture, la lettre de Paul aux Corinthiens, qui le rappelait avec ces mots que vous entendez à chaque eucharistie : « Ceci est mon Corps, donné, livré, offert pour vous », signification de ce Saint Sacrement que nous célébrons aujourd’hui.

Mais ce que nous entendons tous les jours – ou presque – devient rapidement une petite mélodie qu’on n’écoute plus… Essayons de réfléchir deux secondes à ce que signifie « Ceci est mon corps livré pour vous… »

Le Christ nous aime jusqu’à se donner pour nous, pas seulement sur la croix mais également en nourriture. Il se donne à manger, il donne son corps. C’est gigantesque !

Et vous avez remarqué ? C’est exactement ce que font les gens qui s’aiment !

Mais oui ! La comparaison peut vous choquer un peu, elle n’est pas de moi, bien des théologiens l’ont faite – à commencer par le pape Benoît XVI : jusque dans la relation charnelle, on retrouve cela. Les amoureux se donnent l’un à l’autre, donnent leur corps pour l’autre. Et d’une manière tellement forte qu’il leur arrive même de dire : « Je t’aime tellement que je te mangerais ! » C’est bien la même idée. Le Christ nous aime comme cela. Il nous aime jusqu’à se donner en nourriture pour nous.

Benoît XVI allait plus loin encore en disant : il y a de l’eros dans la manière que le Christ a de nous aimer.

Et à chaque Eucharistie, Jésus revient nous dire « Je t’aime ! », dans un acte d’Amour pour nous. Pour Chacune, Chacun de nous.

Quand, tout à l’heure, au moment de communier, vous entendrez l’expression « Le Corps du Christ », vous répondrez, comme à votre habitude… ?

– Amen !

« Amen » qui est aussi un mot hébreu et qui veut dire, vous le savez : « C’est vrai ! », « je suis d’accord ! » « J’y crois ! ».

Eh bien derrière ces deux expressions – Le Corps du Christ ! Amen ! – vous pouvez entendre autre chose… Jésus qui vous dit : « Je t’aime ! » et vous qui lui répondez : « J’y crois ! ».

Je connais d’ailleurs des fidèles qui répondent « J’y crois » quand on leur dit « le Corps du Christ » au moment de la communion. Et ce n’est pas si bête, pourquoi pas ! C’est bien la signification du mot « Amen » : j’y crois !

Entre amoureux c’est la même chose. Il y a un acte de foi à poser. L’amour, ça ne se voit pas ! On peut en voir des signes, des preuves, bien sûr, mais l’amour n’est pas un objet qui se voit. Il faut y croire !

Quand quelqu’un nous dit « Je t’aime ! » il est beau de pouvoir répondre « J’y crois ».

Mais entre amoureux, on rajoute toujours quelque chose.

Si vous écoutez les amoureux se dire « Je t’aime », vous allez remarquer que l’autre ne répond pas seulement « J’y crois » mais il répond surtout, habituellement : « Moi aussi, je t’aime. »

Et vous aussi, vous répondrez cela tout à l’heure, comme vous le faites à chaque messe…

Alors là, vous allez me dire : « J’ai pas l’impression de répondre ‘moi aussi je t’aime’ à la messe habituellement… » et vous avez bien raison : parce que vous le répondez en silence, en revenant à votre place après avoir communié. il ne vous viendrait pas à l’idée de bâiller, de regarder votre montre en attendant que nous ayons fini de tout ranger… enfin j’espère !

Non, quand on revient à sa place avec Jésus en nous, c’est là qu’on lui répond dans le silence de notre cœur: « Moi aussi, je t’aime ! », c’est là qu’on peut lui confier tout ce que nous avons à lui dire. C’est là que l’on fait une adoration, mais adoration intérieure… ça existe !

On a bien sûr l’habitude de l’adoration extérieure, que l’on peut vivre presque tous les jours ici et que vous pourrez vivre tout à l’heure après cette messe, mais il existe une adoration intérieure que nous faisons à chaque communion. On a tendance à l’oublier. L’adoration qui consiste à dire au Christ qui est en moi, désormais : « Moi aussi, je t’aime. »

Le Christ, voyez-vous Chers Amis, est venu jusqu’au fond de nous et nous prenons quelques instants de silence, alors, pour l’adorer quand on revient s’asseoir après avoir communié.

Voilà ce qu’à chaque Eucharistie nous devrions nous remémorer, pour que ce Saint Sacrement retrouve tout le sens qu’il doit avoir, toute la dignité qu’il possède, toute l’adoration qui lui est due.

Sans oublier qu’ensuite… nous devenons nous-mêmes des ostensoirs ! Nous sommes des ostensoirs vivants, des porteurs du Christ, quand nous repassons la porte de la chapelle. C’est à nous, alors, nous qui l’avons en nous, de le porter à l’extérieur !

Nous allons le porter aux autres… alors évidemment, si nous sortons du monastère tout à l’heure avec une tête d’enterrement, on ne va pas donner très envie aux autres de goûter au Christ !

Si nous ressortons avec un visage souriant, peut-être alors que le monde se demandera quelle est cette mystérieuse nourriture que nous sommes venus chercher et qui nous rend ainsi en ressortant…

Nous avons à être des chrétiens contagieux de ce que nous avons en nous, contagieux du bonheur d’avoir le Christ en nous, en ressortant d’une messe. Contagieux de la joie de venir se nourrir à cette table-ci, en portant très-très loin à la ronde le Melchitsédek d’aujourd’hui qui trône dans la petite hostie, le Christ, notre Roi de justice et de paix.

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Poligny, monastère, dimanche 22 juin 2025, 8.30

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