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Homélie pour le 16e dimanche TO, année C
Genèse 18, 1-10a / Psaume 14(15) / Colossiens 1, 24-28 / Luc 10, 38-42
> Une homélie n’est faite ni pour être lue ni pour être vue en vidéo, c’est un exercice oral. Vivez l’expérience pleinement en l’ECOUTANT :
Est-ce que vous aimez faire la vaisselle, Chers Amis ?
Oh, il y a des oui… Il y a des oui et des non, hein… Il y en a qui apprécient ça ! Et il y en a qui ont la chance d’avoir un lave-vaisselle qui fait tout le boulot aussi…
Je pourrais poser la même question avec d’autres tâches ménagères, cela fait partie de ces tâches qu’il faut faire, qu’on les aime ou qu’on ne les aime pas. Il faut les faire, c’est comme ça.
Et cet évangile que nous venons de réentendre a été terriblement mal compris pendant très longtemps à ce sujet. On a opposé l’attitude de Marie et celle de Marthe – et ça c’est juste puisque Jésus nous dit que Marie a choisi la meilleure part – mais on n’a pas bien compris ce que c’est que cette meilleure part.
On en a déduit que la meilleure part, c’était d’écouter la parole de Jésus, d’être à ses pieds. Et donc, par opposition à celle qui s’occupe des tâches ménagères, la meilleure part, c’est la vie religieuse. Et puis la moins bonne, c’est d’être femme au foyer.
Vous rigolez, mais sur un site suisse catholique pourtant sérieux, ce week-end encore, une religieuse nous dit qu’elle est devenue religieuse grâce à ce texte, parce qu’elle a compris que la bonne part, c’était la vie religieuse ! Alors que c’est pas du tout, mais alors pas du tout cela que dit ce texte !
Alors, c’est quoi cette meilleure part ? Cette seule chose nécessaire, puisque Jésus le dit : « une seule chose est nécessaire. »
Alors pour bien le comprendre, il faut faire un petit détour par la langue grecque. Parce que l’évangile a été écrit en grec et malheureusement on ne parle pas tous le grec. Je ne sais pas s’il y en a qui parlent grec parmi vous ? C’est assez rare dans nos contrées…
Le verbe qu’utilise Jésus – « tu t’agites » – regroupe trois sens, trois significations en même temps. Le verbe qui est utilisé c’est « s’agiter », c’est juste, mais c’est aussi « faire du bruit » et c’est surtout le « faire exprès pour qu’on nous entende ».
Si on avait voulu traduire, mais ça aurait alourdi nos Bibles, il aurait fallu dire : « Marthe, tu t’agites, tu fais exprès du bruit. »
Elle est dans cette attitude, ça vous parlera peut-être, de ces gens qui, en faisant la vaisselle, tapent un peu les assiettes, vous savez ? …pour que la personne qui est en train de regarder le match au salon se dise : « Peut-être que je peux aller l’aider ! » quoi…
Enfin Mesdames, avant hier soir, j’espère que c’est vous qui regardiez le match et puis hier soir aussi ! Comme quoi les places sont interchangeables, j’espère bien !
Mais enfin, vous voyez, l’attitude de Marthe, c’est ça et nos traductions ne le disent pas assez bien. Elle fait exprès du bruit pour que sa sœur l’entende.
Qu’est-ce qu’il y a derrière cette attitude ? Un peu de jalousie, un peu d’envie certainement. Alors qu’elle pourrait être dans la joie ! Pas forcément dans la joie par les multiples tâches du service, mais dans la joie de recevoir.
C’est notre première lecture qui nous rappelait la joie de recevoir des invités, même à l’improviste, même quand on ne les connaît pas. Abraham et Sarah reçoivent ce jour-là trois mystérieux invités qui vont s’avérer être peut-être bien Père, Fils et Esprit.
Marthe, elle, n’a pas forcément en tête que Jésus est le Messie, mais c’est un ami de la maison, c’est un ami de la famille. Elle pourrait être déjà et simplement dans la joie de le recevoir.
Mais quel est son vrai problème ?
Vous avez remarqué qu’elle interpelle Jésus d’une manière assez désagréable, de fait : « Ça ne te fait rien que ma sœur m’ait laissé seule pour faire le service ? »
Il y a comme ça quantité de gens qui vous interpellent au sujet de quelqu’un d’autre. On a envie de leur dire : « Bah… va lui dire, peut être ! » Non, non, ils vous parlent à vous de quelqu’un d’autre. Ça m’arrive aussi, hein, je ne suis pas meilleur que vous.
Et puis Marthe va faire un triangle. Et ça, c’est terrible. Ça, c’est la marque de la manipulation. On le connaît bien, ce triangle, en psychologie aujourd’hui.
Elle va demander à Jésus de demander à sa sœur de l’aider. Vous voyez le triangle ? « Ne pourrais-tu pas dire à ma sœur de m’aider ? »
Et là encore, on a envie de lui dire : « Bah… dis-lui ! Ça sera plus simple… » Non, elle veut passer par quelqu’un d’autre. Ça, c’est pervers.
Mais ça n’est pas encore son vrai problème. Pourquoi est-ce qu’elle regarde avec envie sa sœur ? Mais tout simplement parce qu’elle n’est pas à ce qu’elle fait !
Si elle était pleinement à ce qu’elle fait, d’abord les tâches seraient certainement mieux faites, parce que quand on les fait en regardant quelqu’un d’autre, ça marche moins bien, la vaisselle… Mais en plus elle pourrait peut-être le faire joyeusement ! Non, elle regarde ailleurs, elle regarde sa sœur, elle n’est pas à ce qu’elle fait.
Et ça, c’est mauvais dans n’importe quelle tâche. Dans la prière aussi ! Si tout à l’heure vous priez le Notre Père en vous disant : « Est-ce que j’ai éteint la plaque à la maison, mon Dieu ? »… bah vous n’êtes pas ce que vous faites !
Dans mes anciennes paroisses comme ça, j’avais une personne que j’insupportais tellement – la pauvre – à chaque fois que je prenais la parole pour l’homélie, elle ouvrait un livre. Puis elle le refermait quand j’avais fini de parler.
Comme elle s’asseyait toujours à la même place, j’ai mis un bon roman d’Agatha Christie un jour, avant la messe. Autant lire quelque chose de bien, quoi ! Elle a pas tellement aimé ! Elle n’était pas à ce qu’elle faisait.
On peut se poser la question : pendant que le prêtre prêche, est ce que je suis à ce qu’il fait ? Est-ce que je laisse l’Esprit-Saint toucher mon cœur ? Ou est-ce que je suis en train de penser à d’autres choses ?
Alors je suis d’accord, c’est pas toujours facile… c’est pas toujours facile d’être concentré à ce que l’on fait. Et il m’arrive moi aussi de prier le chapelet tout en pensant à d’autres choses. C’est pas évident !
Mais c’est le problème de Marthe, elle n’est pas à ce qu’elle fait. Et quand on n’est pas à ce qu’on fait, on regarde ailleurs… et c’est là que surgissent les problèmes.
Alors, c’est quoi cette meilleure part, cette seule chose nécessaire ?
Eh bien, Jésus a raison. Une seule chose est nécessaire, même si tu es en train de faire plein de choses, une seule est nécessaire, c’est : « sois à ce que tu fais. Soit pleinement à ce que tu fais, soit joyeusement à ce que tu fais, tant qu’à faire ! Même si c’est quelque chose de difficile ! »
Et puis, si c’est quelque chose de difficile, justement, si ce sont des tâches ménagères qui te pèsent, eh bien il y a une solution : offre-les à Jésus. C’est aussi le sens de notre deuxième lecture, la lettre de Paul : lui, il a donné toute sa vie pour toi, alors s’il y a des choses un peu difficiles, offre les-lui !
Tu verras : avec lui, la vaisselle est tellement plus sympathique !
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Bex, samedi 19 juillet 2025, 18.00
Aigle, dimanche 20 juillet 2025, 10.00
Les Plans sur Bex, dimanche 20 juillet 2025, 11.45 (version enregistrée)

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