Photo libre de droits : pixabay
Homélie pour la solennité de la PENTECÔTE – A
Actes 2,1-11 / Psaume 103 / 1Corinthiens 12, 3b-7.12-13 / Jean 20,19-23
> Une homélie n’est faite ni pour être lue ni pour être vue en vidéo, c’est un exercice oral. Vivez l’expérience pleinement en l’ECOUTANT :
Chers Amis,
Pourquoi ne pas commencer ce message de la Fête de l’Esprit par un trait d’esprit ? Ce serait dommage de s’en priver, n’est-ce pas ?
C’est l’histoire véridique, qui est arrivée dans mon diocèse en Valais, d’un petit garçon… c’était un des meilleurs du catéchisme. Il savait tout. Il avait réponse à tout. Déjà à la Première Communion, nickel ! Donc, lorsque l’évêque vient pour préparer la fête de la Confirmation, on lui désigne ce petit garçon en disant : « Lui, tu vas voir, il a réponse à tout. »
Alors l’évêque demande ce qui se passe dans l’épisode de la Pentecôte. Et le petit garçon de lever la main. Et il raconte : « Ils étaient là. Et puis l’Esprit Saint est tombé sur eux comme du feu. Ça a tout brûlé sur leur tête ! » Alors l’évêque commence à sourire, s’apprête à lui dire que non, l’histoire des langues de feu, ça ne brûle pas… Mais le petit garçon regarde l’évêque et il dit : « D’ailleurs, vous, Monseigneur, depuis que vous êtes évêque, vous avez une protection. L’Esprit ne peut plus vous tomber dessus ! »
L’évêque a moins ri, évidemment !
Mais ça vient nous poser une question, et même plusieurs. D’abord, est-ce qu’il n’y a que les évêques qui reçoivent l’Esprit, d’où leur petit calot violet – puis rouges s’ils deviennent cardinaux ? Non, bien sûr que non, puisque ce petit garçon-là, au jour de sa Confirmation, et même au jour de son Baptême, a reçu l’Esprit. Peut-être que ce trait d’esprit lui était tout à fait inspiré, d’ailleurs, pour dérider un peu son évêque. Allez savoir !
Tous, nous recevons l’Esprit au baptême, bien sûr, et cette force… cette force immense, gigantesque, qui habite à l’intérieur de nous, qu’en faisons-nous ? Est-ce que nous la laissons sortir ? Est-ce que nous la gardons jalousement pour nous ? Est-ce que nous la réactivons de temps en temps ? C’est exactement ce que vous êtes venus faire ce matin : en participant aux sacrements, on réactive la force de l’Esprit. Est-ce qu’au contraire, nous lui faisons obstacle ?
Tous reçoivent l’Esprit au moment de la Pentecôte.
Vous l’avez entendu, avec cette liste incroyable de peuples ! « Partes, Elamites, la Phrygie, la Pamphylie… » Tous ont reçu l’Esprit ce jour-là.
Et puis on l’entendait aussi dans la deuxième lecture, quels que soient nos charismes, quel que soit notre âge, quelle que soit notre provenance, quelle que soit notre place, ici, là, dans l’assemblée, tous nous vivons du même Esprit. C’est le même Esprit qui est à l’œuvre dans toute la communauté.
Et c’est important parce que cet esprit, vous l’avez entendu dans la deuxième lecture, c’est lui – et lui seul – qui nous permet de dire « Jésus est Seigneur » ! C’est lui qui, en nous, lorsque nous l’activons, provoque notre foi. C’est l’Esprit.
D’où l’importance de ne pas lui faire obstacle.
Alors nous, n’avons pas un chapeau d’évêque, bien sûr, mais il y a d’autres moyens de lui faire obstacle. Il y a plusieurs manières de faire obstacle à l’Esprit, y compris lorsque vous venez à la messe, comme vous l’avez fait ce matin.
Est-ce que nous sommes bien disposés lorsque nous arrivons à la messe ? Déjà, si on arrive deux minutes en retard parce qu’on a cherché désespérément une place de parc, ce n’est pas sûr qu’on soit bien apaisé dès le début pour recevoir l’Esprit. Mais bon, on se calme dès les premières minutes, dès les premiers chants, ça va mieux.
Mais il y a plein de manières, même à la messe, de faire obstacle à l’Esprit Saint.
Si en me voyant sortir de la sacristie, vous vous êtes dit « Oh non, pas lui ! », voilà peut-être une manière de faire à coup sûr obstacle à l’Esprit Saint. Non pas que je sois meilleur que les autres ou moins bon que les autres, mais si nous accueillons la personne qui nous est envoyée, qui qu’elle soit, nous donnons déjà une chance à l’Esprit Saint de nous parler à travers le prêtre qui est là ce jour-là.
Si dès le début de mon homélie, vous aviez fait ceci – en regardant votre montre pour voir combien de minutes j’allais faire – vous ne laissiez aucune chance à l’Esprit Saint de vous parler par l’intermédiaire de son serviteur.
C’est une manière de faire obstacle à l’Esprit, mais je n’en ai pas vu aujourd’hui !
J’en connais aussi qui, tout au long de la messe, lisent leur « Prions en Eglise » ou leur « Magnificat ». Alors ça peut être très utile au moment des lectures pour être sûr de bien suivre, mais ici ce n’est pas nécessaire : nous avons d’excellents lecteurs, lectrices qui nous font passer le message de l’Evangile et de la Bible d’une manière remarquable. Mais vous en avez qui, même ensuite, pendant la prière eucharistique, continuent de vérifier dans le « Magnificat » si le prêtre dit tout bien comme il faut. Ça c’est une manière – à coup sûr – de faire obstacle à l’Esprit. Si on est dans le contrôle, l’Esprit ne peut pas passer. Il ne peut pas prendre les manettes, si c’est nous qui les tenons.
J’ai un ami qui passe toute la messe vissé sur l’écran de son téléphone portable. Je ne suis pas bien sûr qu’il laisse une chance à l’Esprit Saint de lui dire quoi que ce soit. Parce que vous savez, Dieu appelle, Dieu continue d’appeler dans notre monde, mais il se sert rarement de nos téléphones portables pour cela. Rarement.
Ça peut être aussi le prêtre qui fait obstacle à l’Esprit. Si j’arrivais là sans avoir préparé ce que j’ai à vous dire, sans avoir médité les lectures de ce jour, je ne donnerais que peu de chances à l’Esprit Saint de vous rejoindre à travers mes paroles.
Le prêtre, lui aussi, peut être complètement ailleurs ! Si tout en vous parlant, je me disais : « Mon Dieu, est-ce que j’ai éteint le four à la maison avant de partir ? » N’y pensez pas, hein ! Mais ce serait pareil, je ne serais plus à mon affaire. Je ferais obstacle à l’Esprit Saint, à coup sûr !
Il y a pourtant un remède à tout cela. Au cas où vous seriez reconnus dans tous ces différents exemples, parce que ça nous arrive à tous, souvenez-vous de ce que vous venez d’entendre : les disciples avaient verrouillé les portes. Ils avaient peur.
La peur est un obstacle surpuissant à l’Esprit-Saint. C’est pour ça que Jésus passe son temps à nous dire « n’ayez pas peur ». Parce que la peur fait obstacle à l’Esprit Saint.
Ils avaient verrouillé les portes par peur. Et qu’est-ce que fait l’Esprit ? Il vient quand même ! Ça, c’est une grande consolation ! On peut avoir fait obstacle de mille manières à l’Esprit Saint – je vous ai donné quelques exemples – mais il y en a plein d’autres. On peut avoir verrouillé les portes de nos cœurs, eh bien l’Esprit débarque quand même, s’il a envie, et il a souvent envie.
Alors faisons-lui bon accueil, Chers Amis. Que vous ayez verrouillé les portes de vos cœurs ou non, faisons bon accueil à l’Esprit qui surgit, qui débarque en cette fête de la Pentecôte.
Et surtout, laissons-lui les manettes, laissons-lui le contrôle. Vous allez voir des choses que vous n’avez jamais vues si vous le laissez-faire.
Amen.
_____________________________________
Champex, samedi 23 mai 2026, 17.00
Montreux, dimanche 24 mai 2026, 11.00 (version enregistrée)

Laisser un commentaire