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Homélie pour le 16e dimanche TO, année A
Sg 12,13.16-19-11 / Psaume 85(86) / Rm 8,26-27 / Matthieu 13,24-43
> Une homélie n’est faite ni pour être lue ni pour être vue en vidéo, c’est un exercice oral. Vivez l’expérience pleinement en l’ECOUTANT :
Chers Amis,
Depuis bientôt 7 ans que je suis ici, la plupart d’entre vous commencent à me connaître et vous connaissez aussi, hélas, mes défauts. Parmi les nombreux défauts que je possède, le moindre n’est certainement pas l’impatience.
Je manque souvent de cette qualité qu’est la patience, et ça m’embête.
D’abord parce que le mot « patience » – vous le savez peut-être – vient du latin « patire » qui veut dire « souffrir ». L’impatience, c’est ne pas vouloir souffrir d’attendre la moindre.
Il y a là un manque de compassion certainement. Un mot qui vient du même terme : « cum-patire », c’est le même mot et cela signifie « souffrir avec ». La compassion c’est souffrir avec quelqu’un qui souffre, « pleurer avec ceux qui pleurent » comme dit l’apôtre Paul.
Alors je travaille cela, je vous assure, mais j’ai du boulot ! Et c’est lent… et comme je suis impatient… c’est forcément trop lent ! J’aimerais impatiemment devenir patient, en quelque sorte ! Contrairement à ce que disait le Conseiller Fédéral Alain Berset au moment du CoVid, moi j’aime agir aussi vite que possible et aussi peu lentement que nécessaire.
Ça me rappelle d’ailleurs un confrère valaisan qui, lorsqu’il est contrarié, lève les yeux au ciel et dit : « Seigneur ! Donne-moi la patience… tout de suite ! »
Si je vous parle de patience, c’est parce que tous les textes de ce matin essaient de nous apprendre la patience, justement. Ils sont faits pour moi. Peut-être sont-ils faits aussi un peu pour vous, je ne sais pas…
L’Esprit, disait Paul dans la deuxième lecture, l’Esprit travaille au plus profond de nous. Nous ne comprenons pas forcément sa façon de faire, mais il travaille. Et il faut le laisser travailler, il faut de la patience pour laisser travailler l’Esprit.
Et puis notre première lecture, tirée du livre de la Sagesse, allait aussi dans le même sens en rappelant la patience de Dieu.
Même après chacune de nos fautes, Dieu reste patient, miséricordieux, il nous propose toujours de convertir nos cœurs, il nous invite toujours à revenir vers lui.
Le psaume aussi, d’ailleurs, allait dans le même sens, en nous rappelant que Dieu est lent à la colère, qu’il est patient avec nous… Avec vous, je ne sais pas, mais en tout cas avec moi, qu’est-ce qu’il est patient… ça force le respect !
Quelle patience possède Dieu quand on y pense ! Quand on voit à quel point les hommes de ce monde continuent à n’en faire qu’à leur tête… Et lui, il est patient. Il sait très bien que mille de nos années ne sont qu’un jour pour lui. Il a le temps. Et il nous donne le temps de nous améliorer, encore et toujours.
C’est ce que Jésus nous enseignait aussi, je crois, dans l’Evangile que nous avons réentendu avec cette célèbre parabole du bon grain et de l’ivraie. C’est un texte que l’on connaît bien, mais il y a un détail auquel on ne fait pas toujours attention : c’est pendant que les autres dormaient que l’ivraie a été semée et c’est un ennemi qui l’a fait.
C’est la même chose dans nos vies : l’ennemi sème aussi de l’ivraie pendant qu’on n’y fait pas attention, pendant qu’on dort… il sème des défauts dans nos caractères… et il le fait de manière cachée.
Et il faut avouer qu’il est parfois tentant d’être comme les ouvriers du maître de la parabole, de vouloir tout de suite arracher nos défauts, cette mauvaise herbe.
Dans les couples, on connaît bien cela ! Dans les premières années de mariage, on regarde les défauts de l’autre et on se dit : « Ouais, ouais, ça je vais arriver à lui faire passer, ça ! » Et puis après plusieurs années on s’aperçoit que non, en fait les défauts de l’autre sont toujours là, ils ont même augmenté avec le temps. Et puis un vieux couple me disait encore récemment : l’étape ultime c’est d’arriver à aimer les défauts de l’autre !
En tout cas, il y a des choses qu’il ne faut pas vouloir enlever trop vite ou tout de suite… des choses qui font partie de nous. Nos défauts. Dieu laisse pousser l’ivraie avec le bon grain, vous l’avez entendu.
Ce serait très ennuyeux si vous et moi nous étions parfaits ! Le monde serait très, très ennuyeux s’il n’y avait que des personnes parfaites.
Dieu laisse pousser les qualités et les défauts ensemble.
Peu à peu, en grandissant avec nos bons et nos mauvais côtés, nous devenons de merveilleux champs de blé, chacune, chacun. Et à vouloir arracher l’ivraie trop vite, on risquerait bien d’enlever, avec, les grains de blé… Ce sont les anges qui font cela – la parabole nous le disait aussi – ce sont les anges qui sont chargés de moissonner, de jeter l’ivraie au feu. Ce n’est pas à nous que cela revient.
A vouloir ôter trop vite nos défauts, on prendrait le risque d’arracher peut-être, avec, nos plus belles qualités… Et on risquerait de devenir pires qu’avant, parce que le mieux est l’ennemi du bien, nous le savons.
Juste après cette parabole, il y avait l’histoire de la graine de moutarde. C’est exactement la même idée mais Jésus prend le problème par l’autre côté…
Ce qui nous semble tout petit, insignifiant, peut produire en nous de grandes choses, si on laisse le temps à cette graine de pousser. Il suffit de laisser faire Dieu, de laisser le temps agir, il suffit d’un peu de patience…
Même chose pour la parabole qui suit encore : celle du levain dans la pâte. Demandez à n’importe quel boulanger : il faut du temps pour que la pâte lève, vous ne pouvez pas tout de suite avoir du pain, ça ne fonctionne pas.
Alors quand je m’impatiente en me disant qu’à 51 ans il faudrait quand même que j’apprenne la patience – et au vu de ces textes, aussi… – eh bien je me dis que mon impatience que je n’aime pas, il ne faut pas forcément que je l’enlève tout de suite… Dieu, lui, saura quoi en faire si je la laisse pousser avec le reste.
Il me faut être patient pour apprendre à devenir patient, en somme…
Il faut que j’agisse aussi patiemment que possible et aussi peu impatiemment que nécessaire…
Alors si par hasard vous êtes un peu comme moi, certaines, certains de vous, si vous avez vous aussi quelques défauts dont vous aimeriez bien vous séparer le plus vite possible, eh bien… prenez patience !
Acceptez que l’ivraie en nous se trouve dans le champ de notre cœur avec le bon grain, et qu’il n’appartient qu’aux anges du Seigneur d’en faire ce qu’ils voudront le moment venu. Patience, donc…
Oui, je sais… ce n’est pas facile ! Mais c’est le chemin qui permet de rejoindre Dieu, je crois. Et quand on voit sa patience à Lui, je me dis qu’on peut bien lui donner un peu de la nôtre en retour, même si c’est juste aussi gros qu’une graine de moutarde.
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Bex, samedi 18 juillet 2026, 18.00
Aigle, dimanche 19 juillet 2026, 10.00 (version enregistrée)

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