Marie trop connue ou inconnue

Classé dans : Homélies, Méditer | 0
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Chers Amis,

J’aimerais vous proposer un tout petit exercice pour commencer, très simple : j’aimerais que vous fermiez les yeux quelques instants.

…Allez-y, n’ayez pas peur, fermez les yeux… ne vous endormez pas !

Fermez les yeux et essayez dans votre tête d’imaginer la Vierge Marie sur un de ces tableaux de la Renaissance qu’on connaît par cœur. Ou alors prenez dans votre tête la statue de la grotte de Lourdes qu’on connaît bien aussi… Marie est là, les mains jointes, la tête légèrement penchée. Elle est grande, elle est habillée en bleu et blanc. Toutes les couleurs sont pastel autour d’elle. Elle a de longs cheveux blonds, de beaux yeux bleus…

…Arrêtez, rouvrez les yeux ! Ce n’est pas Marie, ça ! Ce n’est pas Marie, ça ! Ça, c’est celle que l’on représente volontiers ici en Occident, celle qui est d’ailleurs sur ma chasuble ce matin. C’est Marie, comme il y en a dans beaucoup d’églises, à commencer par la nôtre.

Mais ce n’est pas MARIE.

Si vous voyagez un peu, Chers Amis, si vous cherchez la représentation d’une crèche de Noël dans le pays où vous trouvez, eh bien suivant l’endroit où vous êtes-vous allez avoir de sacrées surprises !

Si vous allez dans le Grand Nord, en Norvège, vous trouverez Marie, alors là, pour le coup, avec les cheveux très blonds, la peau très blanche. Elle aura des moufles, un bonnet sur la tête, il y aura de la neige sur la crèche… alors que la neige à Bethléem, c’est quand même assez rare !

Au contraire, si vous allez en Amérique du Sud, vous trouverez des crèches avec une Marie à la peau sacrément basanée, des cheveux bien noirs, un poncho péruvien et probablement un lama à la place du chameau pour les mages. Et n’allez pas dire à ces gens-là que ce n’est pas la vraie crèche !

Et tout est à l’avenant selon le pays dans lequel on se trouve, parce qu’on représente toujours la famille de Jésus comme une famille à nous !

Où que l’on se trouve, c’est une famille de chez nous qu’on représente. C’est une manière qu’on a de rendre Marie, Joseph, Jésus un peu plus proches de nous. On les représente exactement comme on connaît les gens autour de nous.

Et on aime bien, particulièrement pour Marie, s’approprier ces figures. On a chacune, chacun, notre petite Marie bien à nous. On a son visage, on a la statue que l’on préfère. On aime bien avoir notre petite Marie parce que c’est notre maman du ciel au fond.

Mais la vraie Marie échappe à toutes nos représentations.

D’ailleurs, si vous êtes allés à Lourdes, vous savez qu’il y a un élément à Lourdes – au moins un – qui n’est pas juste. Je le dis à chaque pèlerinage au mois de mai, quand je fais visiter la grotte aux nouveaux venus… C’est la statue, Chers Amis !

Vous allez me dire, comment le sait-on ?

Eh bien par Bernadette, précisément !

Parce que, quand le sculpteur qui avait terminé cette statue – sur les dires de Bernadette – quand il est venu la lui présenter dans son couvent à Nevers, au moment où on a enlevé le voile, Bernadette a regardé et elle a dit : « Elle n’était pas du tout comme ça ! » …Et c’est la statue qui est à la grotte de Lourdes ! Donc s’il y a une certitude à la grotte, c’est qu’en tout cas Marie n’était pas du tout comme ça ! Mais on l’aime quand même ! Et on prie quand même devant cette statue, bien sûr…

Essayons, pourtant, de redonner son apparence réelle à Marie.

C’était une petite jeune fille de là-bas. Elle était dans son adolescence, on le sait, lorsqu’elle a été promise en mariage à Joseph. Elle devait avoir 14 ou 15 ans, pas plus.

C’est une petite jeune fille aux cheveux probablement plutôt sombres que blonds – parce que les blondes sont assez rares là-bas. Et à l’époque, encore plus : il y avait moins de mélange des civilisations. Elle a la peau pas tellement blanche… plutôt tannée.

Quant à son vêtement… si vous promenez dans le désert avec un vêtement bleu ciel, il va très rapidement devenir ocre ! Elle avait probablement plutôt les couleurs ocre, brun, blanc cassé des gens de là-bas, pour ce qui est de ses vêtements.

Elle devait aussi plutôt avoir les yeux sombres, parce que les yeux bleus sont assez rares, mais ça existe, là-bas aussi.

Ce qui est sûr, c’est que cette jeune fille juive – ah oui, ça aussi il faut le redire, entre parenthèses : Marie était juive, Chers Amis – ce qui est sûr, c’est que cette jeune fille juive chantait, dansait les chants et les danses de son pays, qu’elle allait à la synagogue, qu’elle pratiquait sa religion juive.

Rendons-lui son visage, son vrai visage. Nous le lui avons trop souvent volé pour la représenter comme nous, on aimerait la voir.

Rendons-lui son visage en ce jour de fête.

Et puis, ne cherchons pas trop à essayer d’expliquer ce mystère, cette Assomption de Marie, comme on appelle la fête d’aujourd’hui, cette Marie qui monte au ciel sans avoir connu la dégradation du tombeau. Il y a des mystères qu’il faut savoir ne pas expliquer, parfois, dans la vie.

Si elle est ce personnage universel qui transcende plusieurs religions – vous le savez, j’espère : elle était juive, les Chrétiens la célèbrent d’une manière toute spéciale, mais elle se trouve aussi dans le Coran – Marie, si elle est ce personnage qui transcende les peuples, si elle est ce symbole de paix – vous savez aussi, j’espère, qu’elle est la patronne de l’Europe et que le drapeau européen est un hommage à Marie, puisque le bleu et les 12 étoiles du drapeau européen correspondent au livre de l’Apocalypse que nous avons lu ce matin et que le concepteur du drapeau européen a avoué que c’était bien pour cela qu’il l’avait fait – si elle est ce personnage qui rassemble les peuples, il faut lui laisser cette part de mystère. Il faut avoir la sagesse de ne pas expliquer le mystère qui rassemble et juste le contempler dans le silence de nos cœurs.

Elle est cette mystérieuse femme couronnée de 12 étoiles, la lune sous les pieds, dont on a fait des chants et des prières. Était-ce pour autant la femme dont parlait le livre de l’Apocalypse ? Pas sûr, rien dans le texte ne nous dit que cette femme, c’est Marie. Il y a des ressemblances, bien sûr. Mais il y a aussi des différences.

Est-elle la fille de roi vêtue d’or que nous avons chantée dans le psaume ? Pas sûr. Peut-être que plusieurs siècles avant Marie, ce psaume a anticipé ce personnage, c’est possible.

Est-elle celle dont parlait Paul dans notre deuxième lecture, ce personnage qui met la mort sous ses pieds pour mieux l’écraser ? Or, Marie est souvent représentée avec le serpent sous ses pieds. Peut-être. Mais ce n’est pas sûr non plus.

Marie échappe à tout ce qu’on essaie de dire d’elle. Et c’est plutôt pas mal parce que ça permet au monde entier de la prendre comme Amie, comme Maman, comme symbole.

Elle est simplement l’humble jeune fille dont parlait l’Évangile, ça on le sait.

Cette jeune fille qui vient rendre visite à sa cousine Élisabeth, ça on le sait, et qui prédit dans son cantique que nous avons réentendu, qu’un jour viendra où les puissants seront renversés de leur trône.

…On a envie de dire à Marie : « Si ça pouvait venir, ce serait pas mal ! » …ça viendra. Ça aussi, ça échappe à notre contrôle.

Marie, c’est l’humilité incarnée et l’humilité, précisément parce qu’elle se rit des apparences. L’humilité échappe à toutes nos tentatives de descriptions.

Alors, je vous invite une dernière fois à fermer les yeux, Chers Amis… essayez de remonter jusqu’au temps qui est inscrit dans votre ADN, essayez de remonter jusqu’au temps où vous étiez dans le ventre de votre Maman… Cette chaleur, cette douceur, cet amour que vous ressentez : voilà un peu de ce que l’on pourrait dire aussi de Marie.

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Ollon (VD), samedi 15 août 2026, 18.00

Clarens (VD), dimanche 16 août 2026, 9.30

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