Les enfants-prophètes…

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Chers Amis,

On enseigne parfois aux lecteurs – ceux qui ont la lourde charge de lire à l’ambon, aux lecteurs en paroisse – on leur enseigne parfois à ne pas trop regarder l’assemblée.

Bon, d’abord de pas regarder l’assemblée, ça aide à pas louper une ligne, forcément.

Mais ça permet aussi d’éviter que le regard du lecteur de la lectrice tombe sur une personne qui va se sentir visée par le texte.

Si vous êtes en train de dire « Dieu vous aime », pas de problème. Ce sera plutôt sympathique pour la personne de croiser votre regard. Mais si vous êtes en train de dire « engeance de vipère »… ça risque de moins bien passer !

On raconte ainsi une histoire trop belle pour ne pas être vraie.

Dans une paroisse, un enfant faisait la lecture ce soir-là.

Il tombe sur notre deuxième lecture de ce soir, Saint Jacques, dans ce célèbre passage qu’on a réentendu il y a quelques minutes où il fustige les riches.

Le texte est un peu adouci, aujourd’hui, depuis la nouvelle traduction. Mais à l’époque de cette enfant, ça commençait par : « Malheur à vous les riches, vos richesses sont pourries ! »

Et au moment où l’enfant a prononcé cette phrase, il a malencontreusement laissé tomber son regard sur l’une des personnes les plus riches de toute l’Assemblée, l’ancien PDG d’une très grande multinationale désormais à la retraite.

Et, manque de pot, cet homme venait précisément de refuser une aide pour reconstruire le toit de la paroisse. Bonjour l’ambiance !

À la sortie de la messe, sur le parvis, le vieil homme riche n’a pas manqué d’aller trouver l’enfant en lui disant – gentiment mais fermement – que la prochaine fois, il ferait peut-être mieux de regarder le texte plutôt que de laisser parcourir l’assemblée de son regard. Un autre paroissien se tenait tout près sur le parvis et en l’entendant fustiger le pauvre enfant, il s’approche et dit au vieil homme riche : « Tu t’es senti visé ? Ça tombe bien, dis donc ! La première lecture souhaitait justement qu’il y ait davantage de prophètes dans le peuple de Dieu ! Va savoir… peut-être que cet enfant en est un ! Peut-être que Dieu avait quelque chose à te dire ce soir… »

Et effectivement, Moïse, dans notre première lecture de ce soir, souhaite dans le livre des Nombres que se lèvent davantage de prophètes dans le peuple de Dieu, c’est à dire davantage de personnes qui osent parler au nom de Dieu.

Les enfants sont très forts pour ça.

L’Esprit-Saint a soufflé ce soir-là car le vieil homme riche est rentré chez lui et l’histoire dit qu’il s’est précipité sur son chéquier et qu’il a fait un versement extrêmement généreux à la paroisse.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Car l’homme est mort le lendemain matin. Ce généreux versement fut son dernier acte sur cette terre.

On dit cette petite histoire authentique, on se la passe entre prédicateurs. Mais même si elle ne l’était pas, comme on dit en italien : « Se non è vero, è ben pensato ! » – « Si ce n’est pas vrai, au moins c’est bien inventé ! »

On pourrait prendre cette lettre de Jacques comme terriblement culpabilisante pour les personnes qui ont un peu d’argent de côté, un peu de bien comme on dit. « Les richesses pourrissent », dit Jacques. « L’or et l’argent sont rouillés et cette rouille sera un témoignage » contre ceux qui l’ont accumulée.

Faut faire attention avec la Bible, il ne faut pas toujours tout prendre au pied de la lettre… Parce que si on prend au pied de la lettre l’Évangile que nous venons d’entendre, on se couperait le pied, la main, on s’arracherait l’œil, parce que tout cela nous entraîne régulièrement à faire des erreurs, il faut bien le reconnaître !

Ce n’est pas ce que veut Jésus !

Vous sentez bien que ces textes-là doivent être pris avec une certaine distance.

La bonne nouvelle de la lettre de Jacques, de  l’extrait de ce soir, réside précisément dans un petit détail : le verbe conjugué au futur.

« Cette rouille SERA un témoignage contre vous », dit Jacques aux personnes qui sont très riches. Non pas « cette rouille EST un témoignage », non, « cette rouille SERA »… ce qui signifie qu’il est encore temps de partager, de ne pas conserver plus longtemps ce qui ne nous est pas absolument indispensable.

Les linceuls n’ont pas de poches, comme le disaient nos grands-parents.

Je me souviens aussi – et ça c’est une histoire vécue donc je vous prie d’avoir la certitude que je vous la transmets telle que je l’ai vue de mes propres yeux – je me souviens aussi d’un petit bonhomme croisé au coin d’une rue dans une ville. Il marchait en tenant la main de sa maman quand juste à côté d’eux vint s’arrêter une très grosse voiture de luxe et en est descendu un homme très bien habillé… Et l’enfant s’est écrié en le montrant du doigt : « Toi, tu es un voleur ! »

Là aussi : bonjour l’ambiance, hein !

Sa maman l’a aussitôt réprimandé en lui disant, d’abord qu’on ne montrait pas les gens du doigt, ça ne se fait pas… et de deux, que c’était parfaitement impoli de traiter ce pauvre homme de voleur. On ne savait rien de sa vie !

Au bord des larmes, le petit bonhomme qui avait quelque chose du Petit Prince avec ses boucles blondes et son manteau d’hiver tout bleu, le petit bonhomme s’est expliqué dans un sanglot : « Mais regarde, Maman, il est très riche ! Il a beaucoup trop d’argent pour lui tout seul ! Il vole cet argent à ceux qui en ont besoin ! »

Ah, la logique des enfants… ce n ‘est pas rien, hein !

Et Jésus, dans l’évangile de ce soir, nous rappelait ce qu’il pense de ceux qui scandalisent les enfants. Vous avez entendu cette terrible phrase de Jésus : « Mieux vaudrait pour ceux qui scandalisent les petits, mieux vaudrait pour eux qu’on leur accroche une meule au cou et qu’on les jette à la mer ! »

Il arrive à Jésus d’être très dur parfois, particulièrement quand on fait du mal aux enfants… mais il arrive aussi que Dieu envoie des prophètes pour parler à l’époque dans laquelle nous vivons.

Et je crois que bien des enfants sont parmi les prophètes d’aujourd’hui quand j’entends certaines de leurs réflexions… et aussi quand je me demande ce que Dieu réserve à celles et ceux qui leur font du mal.

Je veux donc terminer par une réflexion d’un de ces prophètes d’aujourd’hui, un enfant.

C’était un petit bonhomme qui s’était mis en tête de recopier le Notre Père.  Et quand il est arrivé au mot « cieux », il a demandé à sa maman : « Ça veut dire quoi, ‘cieux’ ? » Et sa maman, et son papa qui était là aussi, lui ont dit : « Mais… c’est un autre mot pour dire le ‘ciel’, cieux… Notre Père qui est aux cieux – qui est au ciel. »

Et on a vu le petit bonhomme réfléchir, réfléchir, réfléchir…

Puis tout à coup, il a dit : « Mais… le ciel… ça commence là, là, juste-là [montrant le sol] ! Juste au-dessus du sol, c’est déjà le ciel ! »

« Oui ! » lui ont dit ses parents.

Oui, c’est vrai ! Il n’y a pas un entre deux entre le sol et le ciel !

Alors il a dit : « Mais moi, alors, j’ai… j’ai les deux pieds sur terre… mais le reste est dans le ciel ? »

« Oui ! » lui ont dit ses parents.

« Et puis… alors… si on dit ‘Notre Père qui est aux cieux’… mais ça veut dire qu’il est là, autour de nous, tout autour de nous ! »

Vous voyez la logique des enfants ! Et c’est pareil pour les défunts, les personnes que nous avons quittées… quand on dit qu’elles sont au ciel, souvenez-vous que le ciel commence juste-là, elles ne sont pas loin !

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Champex, samedi 28 septembre 2024, 17.00 (version enregistrée)

Aigle, dimanche 29 septembre 2024, 10.00 (version légèrement différente)

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