Photo de l’auteur, prise à Lourdes en mai 2026
Homélie pour le 11e dimanche ordinaire, A
Exode 19,2-6 / Psaume 100(99) / Romains 5,6-11 / Matthieu 9,36-10,8
> Une homélie n’est faite ni pour être lue ni pour être vue en vidéo, c’est un exercice oral. Vivez l’expérience pleinement en l’ECOUTANT :
Chers Amis,
Hier j’ai fêté l’anniversaire de mon ordination de prêtre : voilà 16 ans que je suis devenu prêtre. C’est un peu notre anniversaire de mariage à nous les prêtres. 16 ans, ça correspond aux noces de saphir… Je ne vais pas m’acheter un saphir pour autant, rassurez-vous !
Mais effectivement depuis 16 ans, je vis un bonheur que je ne vivais pas auparavant. Jamais je n’ai regretté d’avoir répondu ‘oui’ à Dieu. C’est la plus belle chose qui me soit arrivée dans ma vie !
Et voyez-vous, lorsque j’étais au séminaire, l’école des prêtres à Fribourg, il y a une vingtaine d’années, il y a eu une année des vocations, vous en souvenez peut-être. C’était en 2006. Une année mondiale des vocations. Et à cette occasion, on distribuait de petites prières et des bougies avec le bon berger dessus. Et puis cette phrase que vous avez entendue dans l’Évangile : « la moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson. »
Et je me souviens qu’à l’époque, j’avais offert cette bougie à une paroissienne, c’était pas dans cette paroisse, et la dame à qui je l’offrais m’a dit: « Oh, moi, vous savez, je prie, je prie pour les vocations, je prie pour les prêtres tous les jours ! Tous les jours, tous les jours, tous les jours, tous les jours ! C’est tellement important les prêtres, je prie pour qu’il y ait de nouveaux prêtres… MAIS PAS MON FILS, HEIN ! Vous ne me prendrez pas mon fils ! »
Je n’ai pas su s’il fallait rire ou pleurer. Dans le doute, j’ai souri. C’est vrai que ce n’est pas facile, pour une Maman, de voir partir son fils vers Dieu. Ce n’est pas tout simple, ça veut dire qu’elle n’aura pas de petits-enfants de ce fils-là. Pour ma Maman, ce n’était pas évident, même si j’ai 3 grands frères et qu’elle était déjà grand-maman depuis longtemps. Mais elle en espérait encore toujours quelques-uns. Pour mon Papa non plus, ce n’était pas évident. Et pourtant, hier, au téléphone, ils m’ont redit leur fierté d’avoir un fils prêtre, leur fierté de ce que j’étais devenu par rapport à ce que j’étais avant, leur joie surtout de me savoir heureux. Parce que ça, c’est ce qui peut arriver de plus beau à des parents : de découvrir que leurs enfants sont heureux.
Et quelle que soit notre vocation, Chers Amis – parents, c’en est une – quelle que soit notre vocation, je crois que l’important c’est de la vivre de manière heureuse.
Bien sûr que l’Église n’est pas toute rose, ça se saurait ! Bien sûr qu’il y a de nombreuses choses à changer dans cette institution bimillénaire. Bien sûr que ce n’est pas toujours facile pour nous, les prêtres, de la représenter avec tout ce qu’on a découvert ces dernières années… bien sûr.
Mais comme on le dit en Afrique : « la forêt qui pousse fait moins de bruit que l’arbre qui tombe. Pourtant, elle est beaucoup plus nombreuse. » Ma vie de prêtre toute simple, je l’aime et elle me rend pleinement heureux et beaucoup plus heureux que lorsque j’étais comédien, enseignant et journaliste, jadis, à la radio.
Vous voyez, Chers Amis, la moisson est abondante, effectivement. Et de plus en plus. Le monde a de plus en plus soif de spiritualité, d’être relié à quelque chose de plus grand. C’est le sens, vous le savez, du mot « religion », être relié. Pas seulement à Dieu ! La religion nous relie aussi entre nous dans la communauté.
Une religion qu’on pratiquerait tout seul, ça n’aurait aucun sens. On serait peut-être relié au ciel, oui, mais pas entre nous.
La religion que nous formons doit poursuivre sa route. Elle est aujourd’hui encore la plus grande de toute la terre. Le christianisme, 2 milliards et demi de fidèles à travers la terre entière, c’est immense. Mais pour qu’elle poursuive sa route, il est indispensable qu’il y ait des catéchistes, des agents pastoraux, des conseils de communauté, des conseils de paroisse, que des gens s’engagent pour animer des messes, pour servir la messe, pour veiller à la sacristie, bien sûr… Mais tout ce petit monde ne servira strictement à rien s’il n’y a plus de prêtre dans la paroisse. Parce que vous pouvez mettre toutes les guitares et tous les servants du monde, s’il n’y a pas de prêtre, il n’y a pas de messe.
Jésus a appelé 12 disciples autour de lui, on en a entendu les prénoms dans notre Evangile d’aujourd’hui, et il continue d’appeler. Le tout est de l’écouter… « si vous écoutez ma voix », disait la première lecture… « si vous écoutez ma voix »…
Mais le tout n’est pas seulement de l’écouter, il faut encore y répondre, à cette voix. Quand on me parle de crise des vocations, ça me fait doucement rigoler, personnellement !
Ça voudrait dire que Dieu n’appelle plus…
Qui sommes-nous pour savoir ce que Dieu fait ou non ? Je crois qu’il continue d’appeler. C’est une crise des REPONSES, ce n’est pas la même chose. C’est une crise des réponses que nous vivons en Occident, pas seulement dans la religion d’ailleurs : demandez aux élus d’une commune si c’est facile de trouver des successeurs. Même chose : crise des réponses.
La voix de Dieu continue d’appeler et parfois on l’entend, mais on ne lui répond pas. Ou alors, ce qui est plus grave, on dissuade nos enfants d’y répondre. Et c’est bien là que nous avons tous, vous comme moi, le moyen de changer les choses.
Moi, en vous montrant qu’un prêtre c’est heureux et que ça rend heureux. D’ailleurs, une récente étude a classé les métiers qui rendent le plus heureux au monde. Ils ont fait le top 5 comme on dit.
Vous savez quel est le premier ? Prêtre ! Et ça ne me surprend pas, j’ai jamais été aussi heureux.
Mais vous avez aussi prise là-dessus. D’abord, c’est vous qui rendez vos prêtres heureux ou non. Le fait que vous soyez là ce matin, ça me rend heureux ! Si l’Église était vide, je serais malheureux.
Vous pouvez prier aussi pour vos futurs prêtres, si possible sans ajouter la phrase « Mais pas mon fils, Seigneur. » Mais ensuite, si l’un de vos fils, de vos petits-fils, de vos neveux… émet un jour ce souhait, se sent appelé à cette vie, montrez-lui que ça rend heureux. Dites-lui que vous avez entendu un prêtre le dire. Montrez-lui à quel point vous êtes fier de cette décision.
Comme le disait Paul dans la deuxième lecture : je n’étais capable de rien et aujourd’hui, je mets ma fierté en Dieu. C’est exactement cela. Quand mes parents m’ont dit qu’ils étaient fiers d’avoir un fils prêtre, je leur ai dit : « mais ma fierté, je la mets en Dieu. Je ne veux pas me glorifier d’être prêtre, je suis serviteur, c’est tout simple. Mais ma fierté, comme le dit Paul, je la mets en Dieu.
Je compte sur vous, sur votre prière bien sûr, mais aussi et surtout sur le regard que vous ferez porter à nos enfants sur les prêtres, sur l’Église…
En commençant par leur rappeler, peut-être, que l’Église c’est eux ! Ce n’est pas seulement les prêtres, les évêques et le pape, l’Église, c’est tous les Chrétiens. Et puis en les aidant à porter un regard différent sur les prêtres.
L’Église fait le ménage, il était temps et c’est bien. Les prêtres d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier et on ne laisse plus rentrer n’importe qui au séminaire. Mais je rêve d’un même sérieux dans les clubs de sport, dans les centres aérés, dans l’enseignement, même dans la famille d’ailleurs.
Seulement, l’Église pourra se purifier autant qu’elle le voudra, c’est votre regard sur moi et sur les autres prêtres qui l’aidera ou pas à se changer.
Et pour cela, et pour terminer, j’aimerais vous donner une phrase d’un prêtre qui est au ciel maintenant. Il s’appelait Robert Mayoraz, il a été l’adjoint de l’évêque de Sion pendant longtemps.
Et lors de l’ordination d’un prêtre, il a dit aux paroissiens : « C’est bien, vous avez un nouveau curé. J’ai une demande à vous faire : utilisez-le pour ce pourquoi il est fait, pas pour autre chose. Utilisez-le pour célébrer la messe, pour l’onction des malades, pour confesser les gens. Demandez-lui de vous enseigner la Bible, de prier avec vous. Il est fait pour ça et ça le rendra heureux. Par contre, si vous lui demandez de gérer un immeuble, de s’occuper de la sono de la kermesse, de gérer du personnel, il n’est pas fait pour ça et vous le rendrez malheureux. »
Demandez à vos prêtres ce pour quoi ils sont faits. Vous nous rendrez heureux et sûrement qu’à la clé, il y a le futur curé de Clarens.
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Bex, samedi 13 juin 2026, 18.00
Clarens, dimanche 14 juin 2026, 9.30 (version enregistrée)

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