Silence ! Culte…

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Photo prise par l’auteur du texte, à Tahiti (déc.2025)
> Une homélie n’est faite ni pour être lue ni pour être vue en vidéo, c’est un exercice oral. Vivez l’expérience pleinement en l’ECOUTANT :

Êtes-vous superstitieux, Chers Amis ?

On hésite à répondre, hein ? Ce n’est pas quelque chose qui va tellement bien avec la religion, normalement, la superstition ! Comme le disait le célèbre humoriste Raymond Devos : « Moi je ne suis pas superstitieux, ça porte malheur ! »

Mais bon, on a tous nos petites habitudes, nos petites marottes, nos petits rituels… Dans la culture du Sud, venue de mes grands-parents, je garde par exemple, pour ma part, l’interdiction absolue de poser mon chapeau sur un lit : parce que ce sont les morts qu’on couche avec leur chapeau en main sur le lit. Bien sûr aussi, peut-être, comme plusieurs d’entre vous, il ne me viendrait pas à l’idée de croiser les couteaux sur une table ou encore de passer un couteau à mon invité, la pointe en avant vers lui. Signes d’hostilité.

Il ne me viendrait pas non plus à l’idée de poser le pain à l’envers sur la table ou d’oublier d’y faire une croix avant de le rompre.

L’origine, d’ailleurs, de ces deux derniers rites liés au pain, la connaissez-vous ? C’est le pain du bourreau, oui.

Lorsqu’il y avait des bourreaux dans les villages, les jours d’exécution capitale, le bourreau recevait gratuitement un pain chez le boulanger. C’était son salaire. Et pour que le bourreau puisse passer outre la file d’attente –  puisque lui n’avait pas à payer son pain – eh bien le boulanger posait son pain à l’envers, sur le comptoir, à l’extrémité, pour que le bourreau puisse le reconnaître et le prendre sans rien dire. Et évidemment, c’est devenu un signe funeste, puisque le jour où le bourreau travaillait, c’était qu’il allait y avoir un mort. À tout le moins. À l’époque, quand un paroissien venait à toucher le pain du bourreau, le boulanger y faisait tout de suite une croix au couteau pour exorciser le geste. Ça vient de là, la croix sur le pain, tout simplement. Et cette dernière pratique, la croix, s’est généralisée à bon nombre de familles dans lesquelles tout pain posé sur la table, y compris à l’endroit, est marqué d’une petite croix avant qu’il ne soit rompu en signe de bénédiction, tout simplement, et non de superstition, bien sûr ! On dit du bien de ce pain que Dieu nous offre, c’est le sens de ce signe de croix.

Si je reviens aux superstitions, l’une des plus connues, peut-être évitez-vous cela, c’est de passer sous une échelle. Mais savez-vous que cette superstition-là vient de ce que nous fêtons aujourd’hui : ça vient de Dieu Trinité.

Pourquoi est-ce que c’est en lien avec Dieu ? Eh bien, tout simplement, parce qu’une échelle posée contre un mur, ça fait un triangle… vous êtes d’accord ? Et si l’on passe à travers le triangle, eh bien comme le triangle symbolise Dieu depuis très longtemps, c’est le signe symbolique de passer à travers Dieu, donc de mourir. Ça vient de là tout simplement le fait de ne pas passer sous une échelle ! Alors c’est pas du tout parce que vous risquez de choper un pot de peinture au passage, même si c’est le cas ! Faut quand même éviter – aussi – pour cette raison-là.

Mais ça vient de notre foi, le triangle, le Dieu Père, Fils, Saint-Esprit. On a souvent représenté Dieu comme un triangle, un dieu à trois faces.

Notre Dieu Trinité que nous fêtons ce week-end, un Dieu-triangle, c’est un Dieu dont les différentes lectures de ce soir, trois bien sûr, comme à chaque fois, c’est un Dieu dont les trois lectures nous dévoilaient chacune un peu du visage, Dieu-Père, Dieu-Fils, Dieu-Esprit.

D’abord, lorsque nous écoutions la première lecture que tu nous as lue, le livre de l’Exode, nous avons entendu la carte de visite de Dieu. Dieu est tendre, miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité. C’est sa carte de visite, la carte du Père.

L’Évangile, lui, nous rappelait que Dieu a tellement aimé le monde qu’il nous a envoyé son fils unique… et le verset qui suivait juste après nous rappelait qu’il ne l’a pas envoyé pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé ! Et le verset suivant que vous avez entendu allait encore plus loin : « celui qui croit échappe au jugement ! »

Laissez-moi vous le redire : celui qui croit – vous donc, sans quoi vous ne seriez pas là – celui qui croit échappe au jugement. C’est Jésus qui le dit.

Sortons-nous de la tête cette vieille idée que nous aurions un Dieu juge qui nous attend au contour… non ! Il est tendre, miséricordieux, et si nous croyons en lui, nous échappons au jugement !

L’apôtre Paul, lui, dans la deuxième lecture, le disait aussi à sa manière. Il nous disait, en nous saluant, vous l’avez entendu : « que la grâce de Jésus le Christ, l’amour de Dieu le Père et la communion de l’Esprit soient avec vous tous ! » C’est magnifique, comme salutation ! Bon, si on utilisait ça dans la rue, ça ferait peut-être un peu bizarre… mais c’est magnifique ! Et nous avons les trois en un, dans cette salutation.

Nous avons un Dieu qui porte ces noms comme autant de cartes de visite : amour, communion, grâce, tendresse, miséricorde, non-jugement. Comment est-ce qu’on a eu peur d’un Dieu pareil… je me le demande encore !

Du coup, comme on avait peur de Dieu jadis, le triangle est devenu un symbole de… danger ! Eh oui, ça vient malheureusement aussi de là ! Alors que Dieu devrait être un symbole qui ne nous fait pas peur.

Eh bien le triangle – Dieu, dont on avait peur jadis – est devenu le signe du danger sur la route.

Alors que si on y réfléchit bien, Chers Amis, ce n’est pas du tout le signe d’un danger, le triangle sur la route. C’est le signe qu’il faut faire attention, ce n’est pas la même chose ! Ce signe nous dit : « attention, il y a quelque chose à respecter ! » Ce n’est pas dangereux, c’est à respecter. Le triangle avec des enfants dessus ne vient pas nous dire « attention, ces enfants sont dangereux ! » Pas du tout ! Ça vient nous dire : « attention, il peut y avoir des enfants. C’est toi qui es un danger pour eux, il faut les respecter. »

Tous les panneaux triangulaires fonctionnent de la même manière, vous pouvez tous les passer en revue : ça ne vient pas nous dire danger, mais ça vient nous dire « attention ! Respecte ce qui se trouve à cet endroit… »

Cet hiver, j’ai eu la chance d’aller en vacances à l’autre bout du monde, à Tahiti. Eh bien là-bas, figurez-vous, à l’approche des églises, il y a des panneaux marqués : « Silence : culte. »

Nous, on a des panneaux « silence » aux abords des hôpitaux… eh bien, eux, ils ont des panneaux qui indiquent « silence, il y a une église »… c’est pas mal ! Et ils ne sont pas triangulaires, ils sont rectangulaires tout simplement.

Donc, Chers Amis, il nous faut chasser de nos esprits toutes sortes de peurs et de vieilles idées liées à Dieu comme autant de triangles prétendument dangereux. Il nous faut changer cela en respect, tout simplement.

Respecter, ce n’est pas trembler de peur, c’est ralentir face à Dieu. On n’entre pas dans une église en courant, vous le savez bien, on ralentit, c’est prendre le temps pour Dieu, exactement comme vous le faites ce soir.

Alors, en cette fête de la Trinité, je souhaite que nous nous rappelions que nous avons un Dieu, certes en trois personnes, un Dieu triangle, mais qui nous aime trois fois plus. Ils ne sont pas là pour juger, ils sont là pour nous aimer pleinement.

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Bex, samedi 30 mai 2026, 18.00

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