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Homélie pour la VIGILE PASCALE
Gn 1, Gn 22, Ex 14, Is 54, Is 55, Ba 3, Ez 36, Rm 6, Mt 28,1-10
> Une homélie n’est faite ni pour être lue ni pour être vue en vidéo, c’est un exercice oral. Vivez l’expérience pleinement en l’ECOUTANT :
Chers Amis,
J’aimerais vous ramener quelques instants dans la cour de récréation de votre enfance.
…Alors évidemment, suivant pour qui, c’est un peu plus loin dans le temps que pour d’autres… il y en a qui sont jeunes depuis plus longtemps que les autres, ici ! Mais les bons souvenirs ne sont jamais très loin.
Et parfois, dans nos cours de récréation, inconscients que nous étions, on jouait à la guerre, ça arrivait. Sauf qu’avec les enfants, la mort n’est valable que pour nous mettre sur la touche un petit moment, et puis quelques minutes plus tard, on revient : « Allez, on dirait que tu es plus mort, tu joues de nouveau avec nous ! »
Je vois à vos sourires que c’est une expérience qui nous est commune.
Les premières résurrections, finalement, on les vit à travers nos jeux d’enfants, bien sûr, et on est tout contents de pouvoir reprendre la partie. On est tout contents !
Et combien les enfants ont raison de faire en sorte que la partie ne s’arrête pas. Ce n’est que la cloche de la maîtresse – je ne parle pas pour la cloche que Maude a sonné tout à l’heure – mais ce n’est que la cloche de la maîtresse qui stoppe la partie à chaque fois.
Personne n’est éliminé pour de bon dans un jeu d’enfant : il y a toujours moyen de revenir dans la partie. Les adultes, eux. Lorsqu’ils jouent à la guerre, font beaucoup plus de dégâts, hélas. Et je n’ai pas besoin de vous rappeler l’actualité.
Plus tard, adolescent, j’ai passé un certain temps sur les jeux électroniques. Je vois à certains sourires que je ne suis peut-être pas le seul. C’est une expérience aussi, et la résurrection s’appelait alors « bonus », ou « vie supplémentaire », ou encore sur les vieux flippers, souvenez-vous, sur les vieux flippers de nos bistrots : « same player shoots again » ! Alors ça, quand on voyait cette lumière s’allumer alors qu’on avait mis la dernière pièce de 1 franc qui nous restait, ça, c’était une sacrée victoire ! On avait droit à une partie gratuite !
C’est aussi une forme de résurrection, bien sûr, même si c’est une machine qui nous l’annonce.
J’ai continué, je le confesse, à aimer les jeux et je les aime toujours, en famille ou tout seul, sur ordinateur ou sur plateau, en plein air ou dans un salon, jeux de cartes ou jeux de rôle. J’ai même, avec mon groupe de théâtre jadis, organisé des « cluedos » géants dans un vieux manoir, ainsi que des nuits des loups garous mémorables.
Peut-être parce que quand on joue, rien n’est définitif. Il y a toujours moyen de recommencer la partie. Il n’y a qu’avec l’argent que je ne joue jamais. Alors je ne vous dis pas que je ne gratte pas un « Tribolo » une ou deux fois par année, mais enfin je perds toujours, alors…
Je disais mon amour des jeux à un ami Evangélique, il y a quelques temps, quand j’ai lu sur son visage une réprobation assez nette : « Mais tu ne joues pas à des jeux de hasard, quand même ?! Enfin, je veux dire, pas avec des tirages de dés, tout ça ? »
Ah si, carrément. Oui, oui, oui, si ça m’arrive.
La plupart des jeux de société, d’ailleurs, s’ils ont une stratégie, ont aussi une part de hasard. Et pour certains, c’est même la grand part, le hasard…
…Oui, ça c’était juste pour voir si vous étiez encore réveillés.
« Mon Dieu, me dit-il, mais le hasard c’est le mal ! C’est interdit par la Bible ! »
Alors, il faut se calmer avec ce genre de phrases, Chers Amis : « c’est permis dans la Bible / c’est interdit dans la Bible »… En général, les gens qui vous disent ça n’ont pas lu la Bible, ou pas entièrement en tout cas.
Parce qu’il y a effectivement un verset de l’Ancien Testament qui dit que recourir au tirage au sort, c’est une abomination. C’est dans le Deutéronome. Mais on a un léger petit problème quand on lit le Nouveau Testament, parce que c’est en tirant aux dés qu’on a trouvé le disciple qui allait remplacer Judas, figurez-vous. Donc c’est interdit ou c’est pas interdit ? Qu’est-ce qu’on fait, Chef ? On écoute le Nouveau ou l’Ancien Testament ?
Quand on lit un peu, on s’aperçoit que c’est tout à fait autorisé quand on prie d’abord ou quand ce n’est pas utilisé pour essayer de deviner ce qui va nous arriver plus tard dans notre vie. Ça ce n’est pas bien, si on en croit la Bible.
Alors j’espère que vous avez fait attention à toutes les lectures que nous avons entendues, parce que toutes les lectures de ce soir nous parlaient de nos jeux de société ou de nos jeux d’enfance. Si, les 9, oui !
La Genèse d’abord. La Genèse, mais c’est le « jeu des 7 familles » évidemment : la famille des luminaires, la famille des mousses, la famille des animaux qui vivent sous l’eau, la famille de ceux qui vivent sur terre et même la famille du repos, la 7e qui n’a qu’une carte, mais c’est la plus belle !
Ensuite, on avait le « Cluedo ». Ah oui : qui a tué, avec quelle arme, et quel lieu ? Abraham, avec un couteau à sacrifice, sur la montagne. Heureusement, il n’a pas tué, de fait. Tout est bien qui finit bien, comme au Cluedo d’ailleurs, ce n’est qu’un jeu.
Le passage de la mer Rouge, c’est un jeu moins connu, « Alaska », un jeu de plateau magnifique où l’on doit atteindre une autre rive en passant à travers la mer. Mais il y a un moment où ça n’est plus possible parce que la mer revient et recouvre tout. Mais c’est bien sûr le livre de l’Exode, le passage de la mer Rouge.
Et puis nous avions le jeu du « Uno » que vous connaissez tous : c’était le prophète Isaïe. Je vous redis le texte, un court instant, je t’avais abandonné, dit le prophète – ça, c’est quand vous recevez la carte « ne joue pas au coup suivant » et vous passez votre tour. Mais la colère de votre voisin se change très vite lorsqu’on change de sens, vous avez remarqué ? Là, il devient tout gentil. Et je vous redis le texte : « Ma colère avait débordé un instant, mais reviens ! » …je t’avais mis un « +4 », mais c’est pas grave, chacun son tour !
L’autre extrait du livre d’Isaïe, c’était le Monopoly, évidemment !
Alors là, je vous entends penser : « j’ai bien écouté la quatrième lecture, en même temps c’était la quatrième… peut-être que je m’étais déjà un peu endormi, mais j’ai m’a pas semblé entendre parler de Zurich Paradeplatz là-dedans ! »
Et pourtant, je vous relis le texte : « Venez acheter, venez consommer ! » Et un peu plus loin : « Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas ? Vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? » …C’est la vanité du Monopoly qui est dénoncée, ici. Acheter un hôtel ne va pas remplir votre assiette.
Après, dans le prophète Ézékiel, on avait les batailles d’eau de notre enfance. « Ah, vous avez voulu me la faire à l’envers ? Eh bien, ‘je rassemblerai tout le monde et je répandrai sur vous une eau pure’ », disait le texte. Les eaux de nos bombes à eau n’étaient pas toujours pures, faut bien reconnaître.
Ensuite, on avait la marelle avec l’Apocalypse, bien sûr ! C’est un vieux jeu, mais il y en a quand même qui ont joué à la marelle, ici ? Bon, comment s’appelait la dernière case ?… le Ciel ! Et le but, c’était de viser le ciel, c’était d’arriver au ciel, exactement comme l’Apocalypse, le ciel nouveau que nous visons.
Et même si nous trébuchons plusieurs fois, et même si on doit recommencer, eh bien, on finira par y arriver, exactement comme à la marelle.
La lettre de Paul aux Romains évoquait les bonus, les vies en plus de nos jeux électroniques. La fameuse petite lumière qui s’allume sur le flipper. « Nous savons que si nous passons par la mort avec Jésus, disait Paul, nous allons revivre. » Il y a encore un bonus, il y a encore une vie supplémentaire qui nous attend.
Enfin, dans les jeux vidéos les plus connus des années 1990-2000, pour les plus jeunes d’entre nous, l’Évangile, c’était évidemment « Tomb Raider » ! Ah oui, cette femme qui va au tombeau, c’est Lara Croft, c’est elle ! Ah, il faut connaître le jeu, évidemment, mais enfin, en gros, c’est un peu la même histoire.
Alors, bien sûr, vous me direz que c’est un peu facile de jouer avec les lectures bibliques comme cela, mais j’aime jouer, que voulez-vous, on ne se refait pas. Cela dit, c’est Pâques et Pâques, c’est pas qu’un jeu, et c’est pâqu’un jeu de mots non plus, d’ailleurs.
C’est pâqu’un jeu où des enfants rigolent en disant : « Allez, on dirait que tu es plus mort, tu joues de nouveau ! »
Pâques, c’est la vérité qui sort du tombeau : il est vivant ! Il était mort, pas seulement mort dans un jeu, il était mort… et il est vivant à tout jamais !
Alors, Chers Amis, nous qui sommes frères et sœurs, grâce au Ressuscité, notre frère, que la joie de Pâques nous habite pleinement !
Souvenons-nous de ces moments où, quand nous étions enfants, nous gagnions le jeu ! Que ce soit la même joie qui nous habite ce soir, la même joie ! Et quelles que soient les cartes qui vous restent, les jokers, les bours, les nels, l’argent qui vous reste, le résultat affiché par les dés… vous allez gagner la partie ! Nous allons tous gagner la partie ! C’est ça qui est extraordinaire, parce qu’à ce jeu-là, il n’y a pas de perdant ! Et ça, c’est nouveau par rapport aux jeux de notre enfance. Et même : une partie gratuite nous attend ensuite. Et elle est longue.
Alors j’entends le diable déjà s’écrier : « Oh ben non, c’est pas du jeu ! »… Eh bien si, justement : c’est même le plus beau jeu qui soit, c’est le jeu de la vie. C’est le jeu de la vie éternelle ! Et le maître du jeu, c’est le Christ. Et avec lui, la partie ne s’arrête jamais, même et surtout quand vous êtes morts.
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Grant-Part, samedi 4 avril 2026, 20.00

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