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Homélie pour la Solennité de Pâques
Actes 10,34a.37-43 / Psaume 117 / Colossiens 3,1-4 / Jean 20, 1-9
> Une homélie n’est faite ni pour être lue ni pour être vue en vidéo, c’est un exercice oral. Vivez l’expérience pleinement en l’ECOUTANT :
Chers Amis,
J’aimerais vous ramener quelques années en arrière dans votre vie, dans la cour de récréation de votre enfance.
…Oui, alors pour certains d’entre vous, évidemment, c’est un peu plus loin que pour d’autres… il y en a qui sont jeunes depuis plus longtemps que les autres, c’est ainsi ! Mais ce sont de bons souvenirs, en général. Donc ils sont là quelque part, si on les convoque.
Parfois dans nos cours de récréation, inconscients que nous étions, nous jouions à la guerre. Sauf qu’avec les enfants, la mort n’est valable que pour quelques minutes. On est sur la touche un petit moment et puis, quelques minutes après, on revient jouer : « Allez, on dirait que t’es plus mort ! Tu joues à nouveau ! »
Oui, je vois à quelques sourires que c’est une expérience qui est commune à plusieurs d’entre nous.
Les premières résurrections, Chers Amis, on les vit à travers nos jeux d’enfants.
Et on est tout content de pouvoir reprendre la partie parce que ce n’est pas facile d’être assis sur le banc de touche !
Combien les enfants ont raison de faire en sorte que rien ne s’arrête jamais. Il y a toujours moyen de revenir dans la partie. Ce n’est finalement que la cloche de la maîtresse qui sonne la fin de la récré qui met fin à la partie.
Plus tard, adolescent, j’ai passé un certain temps, voire même un temps certain, sur les jeux électroniques. Je vois aussi à certains sourires que je ne suis pas le seul ! Et là, la résurrection s’appelait « bonus » ou « vie supplémentaire », ou même encore, sur les vieux flippers de nos bistrots d’antan, cette petite lumière rouge qui s’allumait tout à coup avec marqué « Same player shoots again » – « Le même joueur a le droit de rejouer à nouveau ». Alors ça, c’était une victoire extraordinaire quand cette lumière s’allumait, d’autant qu’on y avait mis la dernière pièce d’un franc qui nous restait pour la semaine ! C’est aussi une forme de résurrection, même si c’est une machine qui nous l’annonce, bien sûr !
Un peu plus tard, j’ai eu la chance de faire du théâtre et je me souviens d’un rôle de prince charmant… – oui, c’était il y a longtemps, oui – hier, j’étais prince ET charmant, aujourd’hui, je ne suis plus que « et », hélas…
Mais je me souviens d’un rôle de prince charmant, c’était dans « Coppelia », un merveilleux conte pour enfants illustré par la musique de Léo Delibres, je jouais devant un parterre d’enfants. C’est le public le plus difficile, il ne vous passe rien ! On ne peut pas leur mentir, c’est pas possible. Ils vivent l’histoire à fond quand ils sont là.
Et à un moment donné, le prince que j’interprétais était empoisonné par une vilaine sorcière et tombait mort. Et je devais faire le mort pendant quelques minutes jusqu’à ce que la belle princesse me réveille avec un philtre d’amour, bien sûr. Entre les deux, je devais rester à terre sans bouger, mort. Et les enfants y croient ! Seulement, malheureusement, j’ai bougé. Et il y a une petite fille qui était là au premier rang, à 1m50 de moi et qui s’était écriée tout fort : « Je l’ai vu ! Il a bougé ! Il est résurrecté ! »
Alors que sa Maman essayait de lui expliquer comment on conjugue le verbe « ressusciter », c’est pas facile, j’avoue avoir eu beaucoup de mal à contenir les hoquets de rire qui lui prouvait qu’effectivement, je n’étais plus mort.
Plus tard, comme chacune de nos vies, il y a eu d’autres petites morts, d’autres petites résurrections. Il y en a plein, dans nos existences.
Et pour ma part, beaucoup d’entre vous le savent, jusqu’à un grave accident de la route qui a changé ma vie pour toujours, puisque ce soir-là, mon cœur s’est arrêté vraiment. Et un chirurgien l’a massé, massé, massé jusqu’à ce qu’il reparte.
J’ai la chance, du coup, la chance immense de savoir dans ma chair ce que signifie avoir une deuxième vie, une partie gratuite, un bonus. C’est peut-être pour ça que le matin de Pâques, depuis, prend une coloration toute particulière pour moi. Et je n’ai pu trouver d’autres missions importantes dans ma vie que celle d’annoncer le Ressuscité de Pâques.
Mais dans chacune de nos vies, sans aller aussi loin, il y a de petites morts et de petites résurrections : une amitié perdue et retrouvée, c’est une résurrection ; un conflit familial qui se termine en embrassade, c’est une résurrection ; un objet auquel on tient, qu’on a perdu et qu’on retrouve, c’est une résurrection ; une maladie réputée incurable par les médecins et qui guérit, c’est une sacrée résurrection !
On traverse beaucoup de ces résurrections dans nos vies.
Je vous pose alors la question, Chers Amis : quelles sont vos résurrections à vous ? Qu’est-ce qui ressuscite dans vos vies ? Qu’est-ce qui est déjà ressuscité, peut-être, dans vos vies ? Quelles sont les résurrections que vous avez vécues ? Il y en a forcément !
Je suis certain que chacune, chacun de vous peut en trouver en réfléchissant, et même certainement plusieurs, depuis la cour de récréation avec le « allez, tu joues de nouveau avec nous ! » jusqu’au médecin qui nous guérit, qui nous soulage dans les périls de notre santé.
Alors évidemment, les mots de nos lectures de ce matin prennent tout leur sens quand on repense à nos résurrections : « Non, disait le psaume, je ne mourrai pas, je vivrai ! »
Je me souviens d’une personne atteinte par un cancer réputé incurable que je visitais sur son lit d’hôpital et qui m’a cité ce psaume : « Non, je ne mourrai pas, je vivrai ! » Et elle a guéri.
« Il passait, il faisait le bien », disait la première lecture à propos de Jésus. Il guérissait.
« Il vit », disait l’Évangile, « Il vit et il crut » à propos de cet autre disciple qui n’a pas de nom dans l’Evangile de Jean, peut-être parce qu’il s’agit d’y mettre le nôtre.
Le disciple que Jésus aimait, c’est toute personne qui entend aimer le Christ. Relisez l’Evangile de Jean avec cela en tête, c’est très intéressant, notamment notre épisode de ce matin. C’est ce disciple-là qui voit et qui croit.
Ce Ressuscité de Pâques, ce Jésus qui nous aime, qu’il nous appartient maintenant d’annoncer à l’extérieur de ces murs, parce que bien sûr, comme je vous l’ai dit au début, il s’agit d’avoir des têtes de ressuscités lors de la messe de Pâques, évidemment ! Mais c’est beaucoup moins important d’avoir des têtes de ressuscités ici-dedans que là-bas dehors ! Si en sortant tout à l’heure, on a des faces de Carême… personne ne va croire que Jésus est ressuscité !
C’est à nous aussi, bien sûr, dans nos repas de Pâques, auprès de toutes les personnes que nous allons croiser aujourd’hui, d’annoncer par notre visage, par nos actes, par notre amour, la résurrection du Christ.
Parce que Paul le disait dans la deuxième lecture : « VOUS êtes ressuscités ! Vous êtes ressuscités avec le Christ. Recherchez donc ce qui se trouve en-haut ! » Ne marchez pas comme ça, tout à l’heure en sortant de l’Église, surtout pas avec le beau ciel bleu qu’il y a aujourd’hui ! Ce serait vraiment trop dommage !
Tout cela culmine dans la demande qui nous est faite, dans la première lecture, il nous a chargés d’annoncer au peuple, de témoigner de tout cela.
C’est Pâques. Et Pâques, c’est pas…qu’un jeu d’enfant, c’est pâqu’un jeu de mots non plus, d’ailleurs, c’est la vérité qui sort du tombeau. C’est ça, Pâques. C’est infiniment plus puissant qu’une lumière qui s’allume sur un flipper ou qu’un bonus dans un jeu électronique. C’est la vie éternelle qui nous est promise !
Alors, Chers Amis, nous qui sommes frères et sœurs dans le Christ ressuscité, notre frère, que Pâques nous habite pleinement en ce jour ! Que l’amour du Christ nous donne de témoigner de cela au-dehors, à l’extérieur, que par toute notre vie et toutes nos morts, quelles qu’elles soient, que nous puissions annoncer qu’elle débouche toujours sur la résurrection.
Car, oui, c’est la vérité sortie du tombeau : Christ est ressuscité et vous êtes ressuscités avec lui.
Amen.
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Bex, dimanche 5 avril 2026, 10.00
Et dans une version assez proche jadis :
Aigle, dimanche 17 avril 2022, 10.00

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