On sème… et on s’aime

Classé dans : Homélies, Méditer | 0
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Chers Amis,

Y a-t-il des grands-parents parmi vous ?… Il y a des grands-parents, mais oui, peut-être même des arrières-grands-parents…

Et parmi vous, chers grands-parents, il y a une question qui revient très souvent dans votre bouche, quand vous venez me parler : « Qu’est-ce que j’ai fait faux ? » Elle revient comme une litanie de votre part : « Dites-moi, qu’est-ce que j’ai fait faux ? J’ai transmis la foi à mes enfants, à mes petits-enfants, et ils ne sont pas là, à la messe. Qu’est-ce que j’ai fait faux ? »

Ma réponse est très souvent, dans ce cas, de vous dire : « Vous n’avez rien fait faux ! »

Il ne nous est pas demandé de réussir, il nous est demandé de semer. On ne tire pas sur les brins d’herbe pour qu’ils poussent plus vite, ça va les arracher. Ce que Dieu nous demande, Chers Amis, c’est de semer. Et tous les textes de ce matin nous redisaient cela.

Posez la question à un paysan – on en connaît suffisamment autour de nous – posez la question à un paysan : « Quand tu sèmes des graines, dis-moi, est-ce que tu es CERTAIN de réussir ? » Il va éclater de rire.

Bien sûr que non, qu’il n’est pas certain. Les produits qu’il retirera ou non de ce qu’il a semé dépendent d’un certain nombre de paramètres, nous le savons bien. Il y a de bonnes et de moins bonnes années, et pas seulement pour le vin. Il y a la météo bien sûr, et qu’est-ce qu’elle nous préoccupe en ce moment ! Il y a la façon de semer, c’est un geste ancestral… Certes, les machines le font aussi aujourd’hui… Mais il y a la terre dans laquelle les graines tombent, Il y a les oiseaux qui picorent les graines, Jésus le disait dans l’Évangile, il y a les gens qui marchent dessus et tant d’autres paramètres encore.

Et ça passe de la part du paysan par des douleurs, par des angoisses, par des jours de désespoir, même ! Lui aussi, il arrive qu’il crie vers le ciel en disant : « Qu’est-ce que j’ai fait faux Seigneur ? Pourquoi ça pousse pas ? »

On le disait très bien sous la plume de Paul dans la deuxième lecture, la lettre aux Romains : « la création gémit », disait Paul. C’est un travail d’enfantement qu’elle exécute.

Et toutes les mamans ici qui ont eu des enfants savent que ce n’est pas un travail tout simple d’enfanter, vraiment pas ! La création aussi est en enfantement, elle gémit en douleurs d’enfantement, disait Paul.

Mais nous avons une certitude : Dieu fait quelque chose de ce que nous semons. Le psaume le disait très bien, nous l’avons chanté : « Tu visites la terre, tu prépares les moissons, Seigneur ».

Et la première lecture, par les mots du prophète Isaïe, donnait un détail météorologique supplémentaire : « La pluie – qu’est-ce qu’on aimerait qu’elle vienne ! – la pluie, disait Isaïe, la neige, même, qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre. De même, ma parole ne me reviendra pas sans résultat, dit le Seigneur. »

Si vous semez la parole de Dieu, Chers Amis, auprès de vos enfants, de vos petits-enfants, il y aura forcément un résultat. Mais pas forcément celui que vous attendez… Eh non !

Le mystère de la création, de la germination, les cultivateurs le savent bien, fait que nous ne voyons pas toujours sortir ce que nous attendons. Alors évidemment, si vous avez semé des plants de tomates, vous n’allez pas voir sortir des framboises, c’est une évidence ! Ou alors il y a un autre problème dans votre terrain, ça c’est autre chose !

Mais on ne voit pas toujours sortir la quantité que nous attendions, la qualité que nous attendions. L’important c’est de semer.

Parce que là aussi, vous pouvez poser la question à un paysan : « Dis-moi, si tu ne sèmes rien du tout, est-ce que les tomates vont pousser ? » Ah bah, il va éclater de rire de nouveau ! Ça c’est sûr, si vous ne semez rien, vous êtes CERTAINS que rien ne va pousser ! Sauf les mauvaises herbes, alors elles, elles poussent toujours.

Alors, aux grands-parents qui me disent : « Qu’est-ce que j’ai fait faux ? » je leur dis : « Rien, vous avez semé. Par contre, si vous arrêtiez de semer, là, ce serait faux ! »

Les grands-parents qui me disent : « Oh, vous savez, moi je ne parle plus de Dieu à mes petits-enfants, ça ne sert à rien. »… alors ça revient à ne rien semer du tout. Là, vous êtes certains que rien ne va pousser, vous êtes certains ! Sauf les mauvaises herbes… et vous allez les voir pousser, les mauvaises herbes !

Si vous ne semez plus rien, ne vous étonnez pas que rien ne pousse ! Là, vous pouvez vous demander : « Qu’est-ce que j’ai fait faux ! »

Mais vous continuez de semer. Ne culpabilisez pas, vous continuez de semer ! Même si vous ne leur parlez pas de Dieu, ils savent que vous êtes ici ce matin et ça leur pose question… ça leur pose question à vos enfants, à vos petits-enfants, ça leur pose question !

Vous me direz : « Mais ça me fait une belle jambe que ça leur pose question ! »

Pas sûr. Dieu fait germer au temps qu’il veut, pas au temps où nous voulons.

Je vous donne un exemple : un homme que je connais, qui a la quarantaine, il n’est pas venu à la messe depuis qu’il avait 12 ans jusqu’à ses 35 ans. Et ses grands-parents aussi disaient : « Mais qu’est-ce qu’on a fait faux ? On l’a baptisé, on l’a catéchisé, il a fait sa confirmation et puis plus rien. » Et à 35 ans, sa dernière grand-maman est décédée. Et qu’est-ce qu’il a fait ? Il est revenu à la messe. Et il m’a dit – parce que je le connais bien – il m’a dit : « Je reviens parce que grand-maman venait à la messe. » Et vous savez quoi ? Il est sacristain de sa paroisse maintenant !

Elle a semé… et ça a fini par pousser. Peut-être pas comme elle le pensait : jamais elle n’aurait imaginé qu’il devienne sacristain, jamais ! Elle contemple ça de là-haut, et c’est bien.

Vous semez en étant ici, Chers Amis, vous semez ! On sème. Et vous pouvez l’écrire comme on veut : « On sème » du verbe « semer » ou « on s’aime » du verbe s’aimer, ça va aussi. Parce que c’est aussi à cela qu’ils reconnaîtront que c’est bien d’aller à la messe !

Si vous sortez de la messe en râlant contre le curé ou contre votre voisine ou votre voisin, vos petits-enfants vont dire : « Ah ben dis donc, ça n’a pas l’air sympa ! » Si vous sortez de la messe heureux, tôt ou tard ça va les interroger.

Et puis enfin, Chers Amis, quand nous posons la question : « qu’est-ce que j’ai fait faux ? »… transformons-la, tout simplement : « Seigneur, qu’est-ce que je peux faire encore ? Qu’est-ce que je peux continuer de faire ? Comment est-ce que je peux continuer à être ? Qu’est-ce qui, dans mon attitude, peut montrer à nos jeunes que je suis croyant, que je suis croyante, que ça illumine ma vie, que ça change mon existence, que ça me nourrit ? » …Et peut être qu’un jour, sûrement, ça leur donnera envie de venir, eux aussi.

Alors continuons de semer, Chers Amis, soyons des semeurs attentifs à tout ce que Jésus nous a enseigné à travers cette belle parabole du semeur !

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Montreux, samedi 11 juillet 2026, 18.00

Aigle, dimanche 12 juillet 2026, 10.00

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