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Homélie pour le 14e dimanche TO, année A
Zacharie 9,9-10 / Psaume 144 / Romains 8,9.11-13 / Matthieu 11,25-30
> Une homélie n’est faite ni pour être lue ni pour être vue en vidéo, c’est un exercice oral. Vivez l’expérience pleinement en l’ECOUTANT :
Chers Amis,
J’aimerais vous parler de la joie. La joie fait partie de l’ADN du Chrétien. Pleinement ! Un Chrétien qui n’aurait pas la joie en lui devrait se poser de sérieuses questions. Et quand je dis « sérieuses », ce n’est pas qu’un jeu de mots !
Et dans notre première lecture, le prophète Zacharie, nous le disait très bien. C’est l’un des tout derniers prophètes de l’Ancien Testament, et c’est véritablement le prophète de la joie. On trouve ce mot à plusieurs reprises dans son discours et c’était encore le cas dans la page extraite de son livre ce matin.
Au sujet de la joie chrétienne je peux même, avec un certain plaisir, vous citer le pape Benoît XVI. Si, si ! J’avoue que Benoît XVI n’était pas forcément vu comme le plus joyeux de tous les papes, en tout cas probablement un peu moins joyeux extérieurement que son successeur François. Pourtant Benoît XVI disait ceci : « Là où manque la joie, là où disparaît l’humour, là n’est certainement pas l’esprit du Christ. »
Et savez-vous dans quel texte Benoît XVI disait ceci ? Dans un petit livre au sujet de la messe, figurez-vous !
Alors laissez-moi vous redire la phrase, en ayant maintenant en tête que c’est de la MESSE dont il parle : « Là où manque la joie, là où disparaît l’humour, là n’est certainement pas l’esprit du Christ. »
Un enfant me parlait, ces jours, de ce qui s’est vécu à Ecône mercredi matin. Une messe, justement. Qui a rassemblé, vous l’avez vu, 15’000 personnes pour l’ordination de quatre évêques. A priori, c’est une grande joie, une ordination ! Je ne sais pas si vous avez vu les images. Cet enfant en a vues certaines. Et il m’a dit : « Eh bah dis donc, en tout cas, ils n’avaient pas l’air joyeux ! »
J’ai regardé de nombreuses images de cette messe, les visages des prêtres, des religieuses, de ces pauvres évêques et même des fidèles. Je n’en ai pas vu un seul sourire. Pas un.
Et voyez-vous, le regard de cet enfant disait tout.
Lui n’a rien compris, bien sûr, aux questions théologiques, dogmatiques, canoniques qui étaient en jeu ce mercredi. Je ne suis pas sûr d’avoir tout compris moi-même, d’ailleurs. Sinon que tout cela me rend infiniment triste. Toute déchirure faite à la tunique du Christ, toute division parmi les Chrétiens ne peut que nous rendre tristes. Et précisément, cela vole notre joie. Et la joie, c’est le Christ. Le pape Benoît XVI le disait.
Eh oui, il ne faut pas seulement citer les papes quand ça nous arrange !
« Là où manque la joie, là où disparaît l’humour, là n’est certainement pas l’esprit du Christ. »
Vous avez bien fait attention aux mots : « L’ESPRIT du Christ », pas seulement le Christ. Et c’est très intéressant précisément aujourd’hui parce que notre deuxième lecture nous parlait de l’esprit du Christ sous l’influence duquel nous devons être, pour échapper à l’emprise de la chair, disait Paul.
L’esprit du Christ, par opposition à l’emprise de la chair.
Et l’emprise de la chair était, elle aussi, bien visible mercredi matin à Ecône. Notamment dans les habillements : les mantilles de ces dames, les longues robes noires…
J’ai été frappé, peut-être vous aussi, par le témoignage de cette jeune femme, dans les médias, éduquée par des parents intégristes et qui est sortie de cette emprise. Elle racontait comment on mesurait sa robe, chaque dimanche, pour être bien certain qu’elle descende au-dessous du genou même quand elle serait assise.
Et c’est aussi cela, l’intégrisme : l’emprise de la chair, on oublie trop souvent de le dire.
Dans le même ordre d’idées, je me souviens aussi de cet ami, invité à manger dans une famille d’Ecône. 10 enfants, 5 filles, 5 garçons. L’épouse n’a pas dit un mot de tout le repas, elle a passé les plats, servilement. Et l’époux, lui, par contre a parlé tout du long. Fier de sa progéniture, il a présenté ses enfants à mon ami.
Enfin, quand je dis « ses enfants »… les cinq garçons ! Dont il a énuméré les prénoms : Pierre, Paul, Jean… Mon ami se tourne alors vers les cinq filles et la phrase tombe, comme un couperet, de la part de l’époux : « Ah, oui, et aussi nos cinq génitrices. »
Authentique. Nos cinq GENITRICES ! Dont il n’a pas dit les prénoms, d’ailleurs.
C’est cela aussi, l’intégrisme catholique. Quand j’entends des gens dire « oh mais ils ne sont pas si méchants ! » on oublie ce genre de détails. C’est cela, aussi. Pas seulement la messe en latin et les jolis chants grégoriens. C’est aussi cela qu’a sanctionné notre pape Léon.
Parce que c’est à des années-lumière de la joie de l’Evangile, à des années-lumière du Christ.
A table, ce jour-là, ces cinq fillettes d’ailleurs ne souriaient pas, me disait mon ami. Elles avaient parfaitement compris, malgré leur enfance, qu’il y a un problème à ne les présenter que par ce mot – génitrice – et non pas par leur prénom.
Les enfants comprennent bien mieux que les grands théologiens que la joie, c’est le Christ. Ils comprennent bien mieux que d’appeler quelqu’un par son prénom, c’est le Christ – lui qui dit « Marie ! » à la première femme qu’il croise après la Résurrection.
Les enfants comprennent parfaitement qu’un adulte qui mesure les centimètres d’une robe ou d’une mitre d’évêque, c’est une attitude que le Christ n’aurait pas aimée, mais alors pas du tout.
« Père, disait Jésus, ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. »
Alors attention, et je termine ainsi, les tout-petits ce ne sont pas que « les enfants » dans cette phrase de Jésus. Les tout-petits, vous l’avez entendu, sont opposés aux sages et aux savants. Pas aux adultes. Ça va donc beaucoup plus loin que les enfants. Les tout-petits, ce sont celles et ceux qui ne sont pas de grands savants, les tout-petits ce sont celles et ceux qui ont compris que pour suivre le Christ il faut se reconnaître petit, humble.
Mercredi matin, il y avait 15’000 personnes qui se croyaient très savantes – davantage que le pape, c’est dire – persuadées d’avoir agi avec une grande sagesse…
…ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits, disait Jésus.
Se reconnaître petit, je nous y invite, vous et moi.
Et je ne saurais trop, également, nous inviter à prier, très sincèrement, pour celles et ceux qui se croient sages ou savants. Pour qu’ils reviennent de leur folie.
Parce que c’est cela aussi, le Dieu auquel nous croyons : un Dieu vers lequel on peut toujours revenir, quels que soient nos égarements.
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Bex, samedi 4 juillet 2026, 18.00
Villeneuve, dimanche 5 juillet 2026, 9.30 (version enregistrée)

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