C’est l’Esprit qui tient le volant

Classé dans : Homélies, Méditer | 1
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Chers Amis,

L’Esprit Saint aurait-il perdu la tête ou même perdu l’esprit ?

Et si je vous pose cette question, c’est parce qu’en entendant le début de l’Évangile, et vous l’avez bien écouté, vous avez entendu cette phrase abracadabrantesque : « Jésus fut conduit au désert PAR l’Esprit POUR être tenté par le diable ! »

L’Esprit Saint aurait-il perdu la tête pour conduire Jésus au désert pour qu’il soit tenté par le diable, on peut se poser la question. C’est tout à fait surprenant, à première vue.

Vous avez peut-être eu la chance de voyager au désert et ça évoque immédiatement des images pour vous, des souvenirs. Mais c’est vrai que dans nos régions, le désert en général, on voit pas trop ce que c’est, sauf les déserts de neige là-haut dans la montagne bien sûr.

Pourtant, Chers Amis, que vous ayez voyagé au désert ou que vous ne soyez jamais sorti de Suisse, vous connaissez TOUS le désert. Tous.

Parce qu’il y a le désert géographique, bien sûr, mais il y a d’autres déserts.

  • Le deuil est un désert.
  • La maladie est un désert.
  • La souffrance est un désert.
  • La solitude est un désert.
  • La dépression, le burn out sont des déserts.
  • L’addiction est un désert.
  • Le blues, le désespoir, le fatalisme, le pessimisme, la résignation, l’indifférence, la mise à l’écart, le jugement des autres sont des déserts.
  • Le handicap est très souvent un désert.

Vous voyez, chacune, chacun de nous, à notre manière, nous connaissons au moins l’un ou l’autre de ces déserts, et en général plusieurs. Nous en traversons régulièrement dans nos existences, des déserts.

Or, s’il y a une certitude dans le désert, c’est que quelqu’un nous y guette, nous y attend, le tentateur. Celui que Jésus va précisément rencontrer dans le désert.

Dans chacun des déserts que j’ai indiqué, il rôde. Il nous y attend pour nous faire ses propositions alléchantes.

Proposition de changer les pierres en pain, qu’est-ce que ça veut dire dans nos vies ? C’est la proposition de changer la réalité. On aimerait tellement parfois changer la réalité.

Proposition de se jeter en bas pour être sauvé, qu’est-ce que c’est dans nos vies ? Mais c’est la proposition de toute puissance : « Je m’en sortirai tout seul, je n’ai pas besoin des autres. Ni même de Dieu. »

La troisième proposition que le diable fait à Jésus : lui donner tous les royaumes de la terre, qu’est-ce que c’est dans nos vies ? Mais c’est la couverture des magazines ! Ces gens qu’on nous montre, qui sont connus et qui sont riches et qui ont du pouvoir… on nous fait croire qu’ils sont plus heureux que nous.

A priori, donc, on n’a pas trop envie de se rendre dans les déserts de nos vies. On n’y va jamais par choix.

L’Esprit Saint voudrait-il absolument nous pousser à souffrir ? Comprenez bien que cette interprétation n’a aucun sens.

Dieu ne veut jamais la souffrance, jamais ! Mais il la laisse parfois advenir dans nos vies… c’est pas pareil ! Ce n’est pas lui qui la veut, c’est le diable, mais parfois il la laisse advenir.

L’Esprit CONDUIT Jésus au désert. Ce verbe est important, il ne pousse pas Jésus au désert, il ne le jette pas au désert, il le conduit.

J’imagine que parmi vous, il y en a plusieurs qui ont leur permis de conduire. Vous savez ce que c’est que conduire une voiture. Et il ne vous viendrait pas à l’idée, une fois que vous êtes à 120 sur l’autoroute, d’ouvrir la porte et de descendre ! Ce serait la catastrophe ! Quand on conduit, on conduit jusqu’au bout, jusqu’à destination, et seulement là, on s’arrête.

Donc, quand on dit que l’Esprit conduit Jésus au désert, il le conduit jusqu’au bout, jusqu’à destination.

Et quand l’Esprit nous conduit dans un désert, dans notre vie, ça veut dire qu’il est avec nous jusqu’au bout, jusqu’à la sortie de ce désert. Il traverse le désert avec nous, c’est une force qui est là, avec nous, dans le désert. Et ça, c’est une sacrée bonne nouvelle, quel que soit le désert que nous traversons.

Or, l’Esprit-Saint, vous le savez, c’est Dieu. Et avec Dieu, rien n’est inéluctable, nous le savons aussi. On peut toujours se convertir. C’est le but du Carême.

Et Paul le disait très bien dans notre deuxième lecture, ce n’est pas parce que rien n’est allé correctement jadis que tout va mal aller à nouveau la prochaine fois. On a le droit de ne pas toujours refaire les mêmes erreurs. Notamment celles qu’ont fait nos ancêtres.

Ce n’est pas parce qu’Adam et Ève ont cédé une fois au Tentateur, comme nous le racontait la première lecture, que nous sommes condamnés à lui céder éternellement. Il y a un nouvel Adam, Jésus, qui a tout pris sur lui, tout, sur le bois de la croix, pour que nous soyons libres.

Avec Dieu, rien n’est inéluctable.

Et l’Esprit que nous avons reçu à notre baptême nous accompagne dans chacun de nos déserts, Chers Amis. Il n’a pas du tout perdu la tête, l’Esprit qui nous conduit au désert, il PREND la tête de l’expédition. C’est tout autre chose.

Il sait très bien que les déserts de nos vies sont des lieux de tentation, de mauvaises rencontres. Mais il sait aussi que les déserts de nos vies sont des lieux d’apprentissage, de progression, des lieux qui, si on prend la peine de les traverser avec lui, nous rendent adultes, nous font mûrir.

Ce qu’il y a de beau dans le désert, disait le petit prince, c’est qu’il cache un puits quelque part.

Laissons-nous donc conduire par l’Esprit dans le désert du Carême, Chers Amis, car ce désert cache lui aussi un puits, une source d’eau vive quelque part. Nous parviendrons à cette source qui jaillit, la Résurrection, dans une quarantaine de jours, et d’ici là, l’Esprit-Saint guidera nos pas.

Et comme pour Jésus, il nous aidera à ne pas céder à celui que nous y rencontrerons forcément.

Alors, Chers Amis, que l’Esprit-Saint vous accompagne dans le désert du Carême ! Mieux : qu’il tienne le volant, c’est à dire qu’il vous y conduise pleinement.

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Clarens, 21 février 2026, 18.00

Clarens, 22 février 2026, 9.30

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  1. Brun

    Cher Vincent,
    J’ai écouté attentivement ton homélie de ce 1er dimanche de Carême, même si on a déjà dépassé la mi-carême. Qu’importe. Le ton de conviction et l’évocation de nos déserts personnels, que tous nous affrontons nous rend plus proches les uns des autres et plus proche de Jésus qui vit cette expérience face au Diable. Il semble que tu sous-entend que nos déserts sont seulement un passage, un mauvais passage, et qu’ils trouveront une sortie! Mais que dire lorsqu’ils n’en n’ont pas? Lorsque la maladie s’incruste, se développe et ne trouvera sa fin qu’au bord de la tombe? Ce désert qu’il faut accepter chaque jour de sa vie, chaque nuit de ma vie? Seul, un regard vers la croix me permet de croire que Jésus n’a finalement connu la fin de son combat contre le Mal, dans le désert de sa vie, par la Résurrection…

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