Photo libre de droits : pixabay
Homélie pour la solennité de la FÊTE DIEU – année A
Deutéronome 8,2-16a / Psaume 147 / 1Corinthiens 10,16-17 / Jean 6,51-58
> Une homélie n’est faite ni pour être lue ni pour être vue en vidéo, c’est un exercice oral. Vivez l’expérience pleinement en l’ECOUTANT :
Chers Amis,
Vous tous qui êtes ici, est-ce que vous parlez le langage des fleurs ? C’est très important pour comprendre le mystère que nous célébrons aujourd’hui, le mystère du Corps et du Sang du Christ.
Mesdames… vous êtes ici en grande majorité, comme à chaque fois d’ailleurs – qu’est-ce qu’on ferait sans vous dans l’Eglise ? Mesdames, j’espère que vous avez déjà reçu des fleurs ? Et que vous en recevez régulièrement encore ! Et lorsque vous recevez des fleurs, elles ne tombent pas du ciel, il y a en général une personne qui vous les offre… et cette personne a réfléchi avant de vous les offrir.
Ah oui, Messieurs, ça nous le savons : si nous offrons une rose à l’une de ces dames, il va falloir d’abord faire attention à la couleur de cette rose ! Si je veux exprimer mon amour, j’utiliserai le rouge… mais si je veux exprimer l’amitié ou la tendresse, je prendrai du rose… si je veux exprimer la pureté de mes sentiments, j’utiliserai le blanc. Quant au jaune… mieux vaut peut-être ne pas l’évoquer ?
Ensuite, je réfléchirai évidemment au nombre ! Parce que, nous le savons bien, on ne va pas offrir à ces dames deux roses, ou quatre, ou six… Le minimum du langage des fleurs que nous connaissons, en général, Messieurs, c’est déjà de savoir que pour ne pas commettre d’impair il faut précisément offrir les fleurs en nombre impair. Une, trois, cinq, sept… jusqu’à 99 si vous voulez ! Elles apprécieront…
Je vous parle des roses, mais chaque fleur a son langage, nous le savons aussi ! Une jacinthe sera une déclaration à votre beauté, Mesdames, alors qu’une jonquille dira notre estime envers vous. Une orchidée dira la sensualité, l’amour ardent, alors qu’un cyclamen dira plutôt le besoin d’être rassuré.
Et il ne nous viendrait pas à l’idée, Mesdames, de vous offrir des chrysanthèmes, évidemment ! Ça, c’est pour le cimetière !
Il y a donc derrière une simple fleur un message. Et beaucoup plus encore qu’un message ! Elle porte en elle les sentiments, les émotions qui vont avec le message.
Alors qu’à la base, c’est une fleur, hein ! Je n’ai jamais vu, mais alors jamais, une fleur avoir des émotions ou des sentiments ! C’est un végétal. Avec tout le respect qu’on a pour les fleurs !
Mais il y a mieux ! Comment se fait-il, Mesdames, qu’une fois que la fleur a été mise dans un joli vase, à la maison, vous vous mettiez à lui parler ? Si, si, je sais que vous le faites !
Et non seulement vous lui parlez… mais vous lui parlez parfois comme vous parleriez à la personne qui vous a offert cette fleur… Parce que dans cette fleur, au-delà de sa couleur, de son message, des émotions, des sentiments, il y a une présence… La présence de la personne qui vous l’a offerte, cette fleur.
Et même, parfois, le simple parfum de la fleur nous rappelle la présence de la personne qui nous l’a offerte, vous avez remarqué ? Dans une simple fleur, il y a donc un message, des émotions et… une présence.
Et puis, bien sûr, tôt ou tard, la fleur fane. C’est tout l’intérêt des fleurs : précisément c’est qu’elles fanent !
Nous l’apprenons parfois à nos dépens, Messieurs. Nous, on se dit : « A quoi ça sert de mettre 25, 30, 50 francs dans un bouquet ? Dans dix jours, il sera fané ! » JUSTEMENT ! C’est ça qui est intéressant pour vous, Mesdames. Ça veut dire que c’est toujours à renouveler, à recommencer, que rien n’est jamais acquis ! Il ne nous viendrait pas à l’idée de vous offrir des fleurs en plastique en disant : « Comme ça, c’est réglé pour l’année entière ! » On se ferait recevoir ! L’intérêt d’une fleur, c’est précisément qu’il va falloir en offrir une autre, plus tard.
Alors, Chers Amis, si tout cela est tellement évident à comprendre pour des fleurs, comment se fait-il que ce soit si difficile pour l’Eucharistie ? C’est exactement le même mystère !
Dans la petite hostie, il y a une présence, nous le savons bien. Une présence réelle, celle du Christ. Cette hostie qui, au passage je vous le fais remarquer, nous est offerte d’une manière particulière, qui est mise dans un vase sacré qu’on appelle le ciboire, qui est conservée dans un lieu particulier, et le fait de l’offrir est accompagné de paroles particulières. Exactement comme pour les fleurs.
Et au-delà de tout cela, comme pour les fleurs, dans ce pain, il y a une PRESENCE. Ce n’est pas plus compliqué que cela !
Une présence, par ailleurs, qui est toujours à renouveler. Comme pour les fleurs en plastique, il ne vous viendrait pas à l’idée de venir à la messe une fois dans l’année en vous disant : « comme ça, c’est réglé ! »… non ! On y revient, chaque semaine !
Et nous pouvons recevoir cette hostie à chaque fois que nous le souhaitons – tous les jours si on veut ! Comme pour les fleurs, Mesdames, j’espère que vous en recevez à chaque fois que vous le souhaitez. Bon, tous les jours, c’est peut-être un peu beaucoup, mais… quoique !
Dieu, dans cette hostie, nous redit son Amour, sa présence. Il a un message pour nous. Des émotions, des sentiments pour nous. Exactement comme pour les fleurs…
Derrière le mot rose, il y a une immensité de messages possibles.
Derrière le mot hostie, également.
Et c’est bien ce que nous disait la première lecture, lorsque le peuple repense à l’Égypte… L’Egypte c’est beaucoup plus qu’un nom sur une carte de géographie, pour eux ! L’Egypte, ce mot signifie le désert, la faim, la chaleur, le danger, Pharaon, la soif, l’esclavage… il y a TOUT ça derrière ce petit mot « Egypte »…
Un mot porte beaucoup plus que l’apparence des lettres qui le composent.
Et c’est exactement la même chose quand Paul nous disait, dans la deuxième lecture que le pain que nous rompons à cet autel est COMMUNION. Un mot tellement immense – le mot communion – qu’il a donné son nom précisément à ce que nous faisons lorsque nous venons prendre cette hostie : la COMMUNION.
Ce pain est déjà la présence réelle du Christ parce que nous l’offrons dans des circonstances, avec des paroles particulières, je l’ai dit. Mais ce pain, précisément parce que nous le rompons, parce que nous le partageons, devient communion entre nous et avec Dieu.
Et la communion rend le Christ présent, il nous l’a dit : « quand deux ou trois sont rassemblés en mon nom, je serai là, au milieu d’eux. »
En apparence, bien sûr, la petite hostie est toujours du pain. Mais parce que ce pain se charge d’un message, d’une présence, il devient infiniment plus : il n’est plus du pain, il est le Corps du Christ.
C’est peut-être là que la comparaison avec les fleurs s’arrête, me direz-vous. Parce que le pain n’est plus du pain, il devient le Corps du Christ. Alors que la fleur reste une fleur, même chargée de son message et de sa présence…
Mais je ne suis pas si sûr que la comparaison s’arrête là. Parce que… allez dire à une amoureuse que la rose rouge que vient de lui offrir son amoureux est toujours une simple fleur… si vous ne prenez pas une baffe, vous avez de la chance.
Alors je me dis que si Dieu peut se faire présence dans du pain au point que ce pain n’en soit plus, je suis certain qu’il est capable de faire pareil, par cette force gigantesque qu’est l’Amour, avec les fleurs que s’offrent les gens qui s’aiment.
Chers Amis, si nous arrivons à comprendre cela pour les fleurs, faisons un petit effort intellectuel : je suis sûr qu’on y arrivera tout aussi bien pour le Corps et le Sang du Christ que nous célébrons ce matin !
___________________________________________
Montreux, samedi 6 juin 2026, 18.00
Clarens, dimanche 7 juin 2026, 10.00 (version enregistrée)
Laisser un commentaire