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Homélie pour le 27e dimanche TO, année A
Isaïe 5,1-7 / Psaume 79 / Philippiens 4,6-9 / Matthieu 21, 33-43
> Une homélie n’est faite ni pour être lue ni pour être vue en vidéo, c’est un exercice oral. Vivez l’expérience pleinement en l’ECOUTANT :
Vous avez peut-être l’impression, Chers Amis, d’avoir entendu deux fois la même histoire !
Si vous avez bien écouté, ce n’est pas tout à fait le cas. Mais ce n’est pas pour rien.
Parce qu’il y a une erreur que nous faisons régulièrement avec la Bible : nous lisons volontiers un passage, un verset, celui que nous cherchons, celui qu’on a en tête ce jour-là, celui que nous propose Internet… mais nous oublions que toute la Bible se répond, que l’Ancien Testament préfigure le Nouveau et que le Nouveau est le meilleur commentaire de l’Ancien, finalement. Que Jésus est évidemment présent aussi dans l’Ancien Testament, en creux, dans un certain nombre de textes.
Il faut donc le plus souvent possible lire toute la Bible ! Seulement on n’a pas le temps, évidemment ! Mais au moins aller regarder, lorsqu’on lit un texte, comment il résonne ailleurs.
Et les petites notes de nos Bibles nous y aident.
Aller regarder, par exemple, pourquoi l’Évangile que nous venons de réentendre nous semble familier à l’oreille, surtout quand on vient de lire le prophète Isaïe dans notre première lecture, qui semble raconter une histoire relativement identique.
Alors faisons l’exercice à travers nos lectures de ce jour, parce qu’on a un exemple chimiquement pur, en ce dimanche, de comment les textes de la Bible se répondent… et progressent, évidemment.
Commençons par le début, puisque l’ordre des lectures bibliques est important. Dans notre première lecture, le prophète Isaïe nous parlait d’un ami qui avait une vigne, dont il prenait grand soin. Il a bâti une clôture, même une tour de garde, pour veiller sur ces précieux plants qui doivent donner des fruits succulents.
Malheureusement, la vigne, cette année-là, vous l’avez entendu, déçoit. Le vin est une horrible piquette, comme le chantait jadis Jean Ferrat. Elle n’a donné que du mauvais fruit.
Alors, le propriétaire en question se venge. Il enlève la clôture, vous l’avez entendu, et il laisse les plants dévorés par les bêtes sauvages.
Isaïe est un prophète, c’est quelqu’un qui parle au nom de Dieu. C’est parfois mystérieux, la parole d’un prophète. Mais cette fois-ci, on avait l’avantage qu’il nous explique ce qu’il a voulu dire. C’était la suite du texte.
La vigne, disait Isaïe, c’est l’univers, l’ami qui la possède, c’est Dieu, le propriétaire de la vigne. Et le plan de vigne dont il attendait tant, c’est Israël.
Alors là, il nous faut résister : Israël, ce n’est pas le pays actuel. Israël, dans la Bible, ça veut dire le « peuple de Dieu ». Le plan de vigne dont il espérait tant, c’est nous, le peuple de Dieu.
Que se passe-t-il lorsque la vigne ne donne pas de bons fruits… c’est à dire lorsque nous ne donnons pas de bons fruits ? Eh bien, si l’on s’en tient au prophète Isaïe, à l’Ancien Testament : le propriétaire, Dieu, se met en colère, il enlève la clôture, il laisse les bêtes sauvages rentrer, c’est à dire qu’il laisse exterminer son peuple.
C’est exactement ce qui est raconté dans le livre de la Genèse avec le déluge : c’est Dieu qui veut exterminer tous les habitants de la terre, il le dit juste avant le déluge.
Heureusement, il n’y a pas que l’Ancien Testament, on progresse ! Ensuite, nous avons entendu le psaume que je vous ai chanté : « la vigne que tu avais prise »… on parle bien de la même chose !
Et qu’est-ce qui se passe, dans le psaume ? Dieu revient sur sa décision, même après les plus grandes de ses colères, et le psaume demande à Dieu de visiter cette vigne et de la protéger.
C’est ce qu’il va faire, il va la replanter, la protéger, mais il va même la visiter.
Et ça, c’est évidemment l’Évangile qui nous le rappelait, puisque la visite de Dieu dans le monde, c’est la venue de Jésus.
Et Jésus reprend cet épisode pour ses disciples – qui connaissent bien l’Ancien Testament – l’image de la vigne avec le propriétaire, la clôture, la tour de garde. Le texte répondait à celui d’Isaïe, mais avec une sacrée différence : parce que ce n’est pas le fruit qui a déçu cette fois-ci, ce sont les vignerons qui ont tué les serviteurs que le propriétaire envoyait pour récolter le fruit de la vigne.
Et vous l’avez entendu, au bout du compte, le propriétaire se dit : « Bah, je vais en envoyer d’autres. » Ce sont tous les prophètes qui ont précédé Jésus jusqu’à Jean le Baptiste, et ils sont tués eux aussi.
Alors finalement, le propriétaire se dit : « Eh bien, je vais envoyer mon fils. Ils respecteront mon fils. » Évidemment, c’est de Jésus dont il s’agit. Et vous l’avez entendu, que se passe-t-il ? Eh bien, on le tue pour avoir l’héritage.
Nous comprenons tout cela, évidemment, nous qui avons la clé de la suite de l’histoire, d’autant plus qu’il y a le reste : c’est du sang qu’ils ont tiré de leur vigne ce jour-là, au lieu d’en tirer du vin.
Seulement voilà, l’histoire ne s’arrête pas là, l’histoire ne s’arrête pas au Vendredi Saint et c’est pour ça qu’il est intéressant de continuer de lire la Bible.
On pourrait s’arrêter aux 4 Évangiles en disant « Bon bah après, il y a plus Jésus, donc c’est pas grave, on ne lit plus. » Bah non, c’est tout l’intérêt de la 2e lecture de nos célébrations : la lettre ! La lettre que Paul nous écrit à nous.
Et qu’est-ce que disait Paul ? Eh bien, il nous donnait la clé de la suite, un tout petit détail, la Résurrection ! Rien ne s’arrête au Vendredi Saint, il y a la suite. Jésus ressuscite et nous donne la paix. Nous n’avons plus rien à craindre de Dieu, nous disait Paul. Nous devons être dans la paix, c’est ce Dieu qui nous procure la paix, c’est le maître de la vigne, il sait faire de la pire des situations possibles une œuvre de lumière !
Le sang de la vigne devient le sang du Christ dans la coupe que j’élèverai tout à l’heure, le sang de la mort devient celui de la vie éternelle.
Le signe devient tellement beau, tellement important, qu’il est le signe qui nous rassemble chaque dimanche autour de l’Eucharistie !
Comme il est doux, alors, le vin des noces éternelles !
Vous voyez, Chers Amis, quand on lit la Bible, il faut laisser les textes se répondre. Il faut tout lire, parce que si l’on s’était arrêté au prophète Isaïe, alors ce serait la catastrophe : Dieu détruit la terre ! Mais il y a tout le reste, il y a le psaume, il y a l’Évangile… et puis il y a les prophètes d’hier, Paul, et d’aujourd’hui, vous, qui êtes là pour goûter à ce sang divin de la vigne, le sang de l’Alliance éternelle, comme je le dirai tout à l’heure dans l’Eucharistie.
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Bex, dimanche 4 octobre, 10.00

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