Une croix en pendentif ne suffit pas…

Classé dans : Homélies, Méditer | 0
Image libre de droits : pixabay

Chers Amis,

Imaginons quelques instants que Jésus revienne aujourd’hui… Aujourd’hui, en chair et en os, ce matin à Soorts, il vient célébrer avec nous. Il débarque pendant la messe, là. Ah, ça serait extraordinaire, non ?

Vous imaginez deux secondes ? Tout le monde l’accueillerait, tout le monde serait en liesse, on reconnaîtrait le Messie… merveilleux !

Et le voilà qui nous dirait : « Vous êtes heureux de me voir ? Moi aussi. Mais ça ne va pas être simple dans les jours qui viennent, il va falloir que je passe par des moments difficiles. D’abord, une campagne de dénigrement de la part du journal Sud-Ouest. Ensuite, il va falloir que je me fasse ridiculiser chez Cyril Hanouna à la télévision, que je sois condamné par les tribunaux pour atteinte à la laïcité parce que j’ai prié sur la place publique et par-dessus tout, au vu de mes souffrances manifestement incurables, que je sois euthanasié grâce à la loi que la France vient d’adopter. Et tout cela dans quelques jours. »

Que dirions-nous, Chers Amis ? « Mais non, Seigneur, mais non, on est là, ça ne t’arrivera pas, c’est impossible ! »

Et ce faisant, on aurait exactement la même réponse qu’a eue Pierre dans l’Évangile qu’on vient de réentendre, quand Jésus lui annonce qu’il va devoir souffrir et mourir : « Mais non, Seigneur, ça ne t’arrivera pas, ce n’est pas possible ! »

Pour les Juifs de l’époque de Pierre – et notamment pour lui-même qui a reconnu en Jésus le Messie, c’était l’Évangile de dimanche dernier – pour eux tous, Jésus, c’est le Messie, et le Messie, c’est Dieu, et Dieu ne peut pas mourir puisqu’il est tout puissant…

Et ça, Chers Amis, c’est un raisonnement que font beaucoup de nos contemporains, même de bons Chrétiens : Dieu est forcément tout puissant, on ne comprend donc pas qu’il y ait des guerres, des cyclones, des coulées de boue qui font des morts par centaines, par milliers. Si Dieu existe, et puisqu’il est tout puissant, ça n’est pas possible ! C’est donc qu’il n’existe pas, concluent la plupart de nos contemporains.

Jésus sait très bien cela, il sait qu’ils attendent un Messie tout puissant. Un Superman en quelque sorte. Et il va devoir leur annoncer que lui, le Messie, sera rabaissé par tous, qu’il devra souffrir, et même qu’il devra mourir sur une croix. C’est impossible à entendre pour Pierre, tout comme pour les disciples d’ailleurs. C’est tout simplement scandaleux. Le Messie ne peut pas avoir cela à vivre, c’est impensable. « Mais non, Seigneur. Ça ne t’arrivera pas ! »

Et nous, encore trop souvent aujourd’hui, nous attendons ce « Dieu Superman », ce « Dieu Harry Potter » qui, d’un coup de baguette magique, réglerait tout… et qui ne peut pas laisser le mal agir dans le monde, qui ne peut pas souffrir lui-même.

Et on oublie… on oublie que Dieu est tout puissant, oui, mais en Amour. Dieu est un Père, ça change tout. Un père n’a jamais empêché son fils de glisser sur la peau de banane dix mètres devant lui. Par contre, il le ramasse, il le prend dans ses bras, il le console. C’est ça, Dieu.

Ce n’est pas celui qui va empêcher le cyclone et ce n’est pas celui qui va l’envoyer non plus d’ailleurs. Autre erreur que beaucoup de gens font !

Dieu ne veut jamais le mal, il est là pour le traverser avec nous.

Et c’est pour cela, Chers Amis, que depuis 2000 ans, dans tous nos lieux de culte, partout sur la planète, il y a une croix. Pensons y : c’est vrai, on aurait pu mettre un cœur, par exemple, pour dire l’amour de Dieu… Non, on a mis une croix précisément pour nous rappeler que Dieu continue à souffrir, que Dieu continue à mourir sur les croix de notre monde, pour nous rappeler qu’il est cloué avec nous sur les croix de nos vies, pour nous rappeler qu’il continue à laisser l’homme libre. Y compris s’il use de sa liberté pour dézinguer la planète au point de faire brûler des forêts entières.

Dieu laisse à l’homme son libre arbitre, et c’est bien son problème, à Dieu !

Alors non, Chers Amis, nous n’avons pas beaucoup évolué depuis 2000 ans. Nous ne sommes pas très différents de Simon-Pierre, finalement. Nous sommes toujours à l’âge de Pierre, si j’ose dire ! Pierre sur lequel le Christ poursuit inlassablement la construction de son église, 100% sainte et à 100% composée de pécheurs.

Et l’Église, ce n’est pas que le pape, les évêques, les prêtres et les diacres. L’Église, c’est vous ! Deux milliards et demi de personnes à travers la planète. Tous pécheurs, nous le sommes tous. Ça fait partie de notre condition humaine.

Et c’est une assez bonne nouvelle que le Christ construise son église sur nous tous. Parce qu’il construit sur des pierres qui ont des aspérités, des fragilités, des rugosités, des fissures, qui ne sont pas parfaites. Ça se saurait.

A ceux qui croient que la vie d’un chrétien est toute simple, aidée par Dieu, habitée tout entière par l’Esprit Saint, que c’est un chemin de roses… Jésus vient dire que c’est Satan qui inspire cela. Il le dit à Pierre dans notre évangile d’aujourd’hui : Tu crois que tout sera facile ? Eh bien, c’est le diable qui t’inspire cela. Ta vie ne sera pas un chemin de roses, il va falloir prendre ta croix derrière moi.

Dans notre première lecture, le prophète Jérémie nous disait d’ailleurs à quel point parler de Dieu peut attirer sur nous les moqueries. Et on le sait bien : dans nos familles, ce n’est pas toujours facile de parler de Dieu, dans notre travail, ce n’est pas toujours facile de parler de Dieu !

Celui qui veut suivre le Christ, qu’il prenne cette croix-là : parler de lui et en assumer les conséquences.

Dans notre deuxième lecture, Paul, lui, nous invitait à ne pas prendre pour modèle le monde présent, mais à renouveler notre manière de penser.

Celui qui veut suivre le Christ, qu’il prenne aussi cette croix-là : se détourner du monde qu’il est si facile de suivre – et si tentant parfois !

Prendre le chemin le plus raide, celui que le troupeau bêlant ne peut pas suivre… Oser les sentiers inconnus, les paroles oubliées, les gestes qu’on a encore jamais fait, oser l’impossible, parce que lorsqu’on chemine vers Dieu, rien n’est impossible.

Celui qui veut suivre le Christ, qu’il prenne aussi la croix dont parlait le psaume : le chercher dès l’aube. Le chercher inlassablement sur le visage de chacune de nos sœurs, de chacun de nos frères – et particulièrement sur les visages de ceux qui ne nous reviennent pas, qui nous énervent, qu’on ne peut pas sentir. Dieu est là, sur ces visages-là aussi.

Alors Jésus, nous voulons te suivre. Aide-nous à porter cette croix, non seulement cette petite croix qu’on porte sur nous en pendentif – bien ! – mais d’abord et surtout, cette croix de nos vies, avec tout ce qu’elle signifie, cette croix qui fut la tienne, cette croix qui est dans tous nos lieux de prière… Aide-nous à la porter, cette croix ! Aide-nous à porter TA croix.

___________________________________________

Bayonne, dimanche 30 août 2026, 8 h. 30

Soorts, dimanche 30 août 2026, 11 h. 00 (version enregistrée)

Abonnez-vous !

Nous aimerions vous tenir au courant de nos dernières nouvelles 😎

Nous ne spammons pas ! Consultez notre Politique de confidentialité pour plus d’informations.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.