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Homélie pour le 30e dimanche TO, année A
Exode 22,20-26 / Psaume 17 / 1Thessaloniciens 1,5c-10 / Matthieu 22, 34-40
> Une homélie n’est faite ni pour être lue ni pour être vue en vidéo, c’est un exercice oral. Vivez l’expérience pleinement en l’ECOUTANT :
Chers Amis,
Cette semaine à l’hôpital, une infirmière me croise dans les couloirs et me dit : « Ah ouais ! Trop stylée, votre chemise, aujourd’hui ! »
C’est vrai que j’aime bien mettre des chemises colorées plutôt que noires ou blanches. Tant qu’à avoir un col blanc, autant qu’il y ait de la couleur pour le reste !
Ce petit col blanc, d’ailleurs, je vous le dis au passage parce qu’il y a parfois de la confusion autour de cela, ça s’appelle un « clergy », pas du tout un col romain. Le col romain, il fait tout le tour, c’est tout autre chose, c’est l’uniforme des prêtres quand on va à Rome, c’est très très très officiel.
Mais le petit col blanc, ça veut dire qu’on est clerc… pas Claire d’Assise, mais clerc, CLERC. Et donc il n’y a pas que les prêtres qui portent ce petit col blanc ! Il y a même des femmes, par exemple chez les Anglicans, l’archevêque de Canterbury, Sarah, porte ce même petit col blanc pour dire qu’elle est au service de l’Église, qu’elle est clerc.
L’infirmière ajoute ce jour-là : « En tout cas, ça met de la lumière dans le service. Ça vous va bien ! »
Je l’ai remerciée, bien sûr. Et c’est vrai que j’essaie de mettre un petit peu de joie dans mon habillement, j’essaie aussi de n’être pas trop négligé.
Je me suis toujours élevé contre cette étrange coutume chrétienne qui voudrait que si l’on est un bon religieux, on se dénigre totalement, notamment en matière d’habillement.
Notre ancien évêque d’ailleurs, Monseigneur Brunner, avait une blague à ce sujet : il avait l’habitude de dire que, sur une photo de confirmation ou de première communion, on reconnaissait tout de suite le curé : c’est le seul qui était mal habillé ! Malheureusement, il n’avait pas toujours tort, faut reconnaître.
Pas besoin de s’habiller en Pierre Cardin non plus, ce ne serait pas très juste pour un prêtre, évidemment. Mais faire attention à son habillement, c’est normal.
Et c’est vrai, aussi, qu’à force de voir certains dénigrer complètement leur habillement, on comprend qu’il y ait de plus en plus de personnes dans la vie, dans le monde, qui fassent de même. C’est vrai que, suivant où vous allez, on n’a plus trop l’impression d’être au théâtre, au cinéma. Les gens y vont habillés un peu n’importe comment.
Alors je me dis que… être chrétien, a fortiori être religieux, c’est justement ne pas trop se dénigrer soi-même parce que l’Évangile nous le dit. L’Evangile de ce soir précisément.
Alors là, vous êtes en train – peut-être – de vous dire : « J’ai bien écouté l’Évangile, mais je ne suis pas sûr d’avoir entendu parler de chemise ou de costume ou de bel habit… »
Effectivement, vous n’avez rien entendu de cela.
Et pourtant, l’Évangile nous demande – nous commande même – de faire attention à nous.
« Quel est le grand commandement ? » demande ce jour-là le docteur de la loi qui veut piéger Jésus.
Il faut dire qu’à l’époque, il y en a 613 des commandements… Alors, allez repérer celui qui est le plus grand, ce n’est pas forcément si facile que cela !
Mais Jésus est fin, on le sait. Et il répond : « Aime ton prochain comme toi-même et aime le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit. »
Alors aimer le Seigneur, ça, on sait faire. Sinon vous ne seriez pas là ce soir. Aimer notre prochain, en général, on sait faire aussi avec le nombre de bulletins de versement qu’on reçoit pour aider un tel ou une telle, en général on sait comment ça fonctionne.
L’extrait du livre de l’Exode qu’on a eu en première lecture disait l’importance du partage avec les autres, avec l’immigré, le pauvre, la veuve, l’orphelin. Tout cela est bien normal.
Et dans la deuxième lecture, Paul le disait aussi à sa manière lorsqu’il remerciait de l’accueil que lui-même avait reçu, lui, l’étranger, quand il arrivait dans différentes villes.
Mais Paul parlait d’aimer Dieu en vérité, c’est à dire entièrement. Et aimer Dieu, aimer les autres, ça passe par ce commandement : s’aimer soi-même.
Aime ton prochain COMME toi-même !
Alors je ne suis pas en train de vous proposer d’adopter une attitude complètement narcissique, de vous poser devant le miroir en disant : « Mais qu’est-ce que je suis belle ce matin ! Qu’est-ce que je suis magnifique ce matin ! » Non, ce n’est pas cela, vous comprenez bien.
Aime ton prochain comme toi-même, ça signifie, je crois, d’abord – si on prend la phrase à l’envers – « Si tu te dénigres, si tu ne fais pas attention à toi, alors c’est ainsi que tu risques de traiter ton prochain. »
Parce qu’il y a le « comme ». Aime ton prochain comme toi-même, aime-le de la même façon que tu t’aimes toi-même, c’est à dire : sois indulgent avec ton prochain de la même manière que tu es indulgent avec toi même.
Et ça, ce n’est pas facile.
Si vous êtes comme moi, ce n’est pas facile du tout. Moi, je suis un tout petit peu perfectionniste sur les bords et les bords sont larges. Et à chaque fois que je fais une erreur, une bêtise, je peux me servir les pires insultes de la terre : « Mais quel imbécile tu fais ! »
Oui, mais ça c’est dangereux parce que, si l’on n’est pas indulgent avec soi-même, on risque de ne pas l’être avec notre prochain. Si l’on est trop dur avec soi-même, on risque d’être dur avec son prochain. Si l’on se juge soi-même, on risque de juger notre prochain.
C’est ce que Jésus essaie de nous dire, je crois, quand il nous place comme le plus grand des commandements : « Aime ton prochain comme toi-même. » Ce n’est pas qu’une jolie formule, c’est le plus grand des commandements, nous dit Jésus.
Alors je crois que, de l’habillement extérieur jusqu’à l’habillement intérieur de notre cœur, il nous faut tout de même faire un peu attention à notre manière d’être vis-à-vis de nous-mêmes d’abord, parce que ça nous aide ensuite à être indulgents, reconnaissants, aimants tout simplement vis-à-vis de l’autre.
Parce que, et la Bible nous le rappelle, et je termine avec ça, Dieu nous a fait à son image.
Ce n’est pas rien ! Il nous a fait à son image !
Donc si on se dénigre nous-mêmes, c’est Dieu que l’on dénigre aussi, d’une certaine manière, puisque nous sommes le temple de l’Esprit.
Alors, s’il nous demande de nous aimer au moins un peu nous-mêmes pour mieux aimer notre prochain, s’il nous demande de nous accepter nous-mêmes, c’est parce que c’est à ce prix et à ce prix seulement que nous pouvons aimer notre prochain et nous dire que, puisque Dieu nous a TOUS fait à son image, notre prochain aussi est à l’image de Dieu !
Y compris celui qui nous énerve, celui qui ne nous revient pas, celui qu’on a envie de juger ou de dénigrer, il est aussi à l’image de Dieu.
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Champex, samedi 24 octobre 2026, 17.00
Clarens, dimanche 25 octobre 2026, 9.30

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