Le Carambar Suprême

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Chers Amis,

J’aimerais vous ramener quelques années en arrière… alors évidemment, suivant votre âge, ça fera davantage d’années que pour d’autres ! Et pour celles et ceux qui sont jeunes depuis beaucoup plus longtemps que les autres, eh bien, je vous ramène longtemps en arrière, parce que j’aimerais vous ramener dans votre classe d’école primaire.

Vous visualisez cette salle de classe ? Peut-être était-ce une salle qui sentait bon la craie, le bois, l’encre… ou bien peut-être y avait-il déjà, au contraire, un de ces tableaux électroniques qu’il y a actuellement dans les salles de classe plus modernes.

En tout cas, j’en suis bien certain, il y avait là une maîtresse ou un maître, c’est selon. Dans la classe de mon enfance, c’était une femme.

Et j’aimerais vous ramener à un jour précis. Un jour précis, en général c’était juste avant Noël ou bien juste avant les vacances d’été, un jour où la maîtresse ou le maître choisit de faire un jeu.

Un jeu pour terminer la période, un jeu sans grand enjeu : ce n’est pas un examen, ce n’est pas une épreuve dotée d’une note qui risquerait de nous éliminer ou de nous faire redoubler, non. C’est vraiment le jeu de la fin de l’année, la leçon plus détendue.

Et pour chaque bonne réponse à ce jeu, la maîtresse ou le maître a promis un Carambar, un de ces caramels délicieux de notre enfance qui colle bien aux dents, cauchemar des dentistes, mais rêve  de tous les petits garçons, de toutes les petites filles, en tout cas à mon époque.

Alors évidemment, pour avoir un Carambar, il faut répondre correctement à la question posée ce jour-là par la maîtresse. La règle du jeu est très claire : une bonne réponse, un Carambar.

Et évidemment, la maîtresse adapte ses questions à chacun de ses élèves sans le leur dire, histoire que chacun puisse recevoir un Carambar, c’est le jeu ! Ça, c’est la règle qu’elle ne dit pas, mais il se trouve qu’à la fin de la classe, chaque élève aura reçu un Carambar, bien sûr.

Même si on ne le sait pas, nous, dans notre petite tête, au départ.

Elle va adapter ses questions au savoir de chacun, elle les connaît ! Elle les connaît suffisamment bien pour les interroger avec fermeté et tendresse à la fois, amenant chacune, chacun à élever un petit peu le niveau de ses connaissances.

Évidemment, la dernière question, la plus difficile, est posée au meilleur élève de la classe. Parce que la maîtresse sait que cet élève va répondre juste, mais que si elle la pose aux autres, ça risque de poser problème. Probablement qu’ils ne trouveraient pas la réponse. Elle adapte vraiment à chacune, à chacun selon ses possibilités.

La question, en l’occurrence, amène un développement et le premier de classe fait une réponse remarquable, admirée par ses camarades et saluée par la maîtresse. Il reçoit lui aussi un Carambar, comme d’ailleurs le dernier de la classe qui avait répondu juste à une question quelques minutes auparavant.

Et le premier de la classe est vexé, figurez-vous.

Eh oui : sa question était beaucoup plus compliquée que la question toute simple qui ne supposait qu’un ’oui’ ou un ‘non’, qui avait fait gagner un Carambar au dernier de la classe. Lui, le premier, avec son développement historique de plusieurs phrases, espérait recevoir 2, 3, peut-être 4 Carambars, et il n’en a reçu qu’un seul, lui aussi, comme tous les autres. Et il est pas content. Et il le dit : « C’est pas juste, Madame ! »

Et la maîtresse, un peu désolée quand même, parce qu’elle a conscience de l’effort qu’elle lui a demandé et qu’il a fourni, lui rappelle la règle du jeu qu’il avait accepté lui aussi au début de la leçon : à chaque bonne réponse, un Carambar. Pas 2, pas 3… 1. Quelle que soit la question.

Sa logique n’est pas simple à comprendre pour les enfants de sa classe, mais elle les aime tendrement, comme toutes les maîtresses d’école du monde. Les enfants comprennent parfois bien plus tard la logique de leurs anciens maîtres, de leurs anciens profs.

Mais les enfants que nous sommes, Chers Amis –  puisque le Christ nous demande de redevenir comme des enfants pour entrer dans le Royaume des cieux – les enfants que nous sommes mettent parfois aussi beaucoup de temps à comprendre la logique de Dieu, le grand maître d’école.

Et pourtant, sa logique est la même que celle de la maîtresse de la classe de votre enfance.

Elle est notamment redonnée dans cette parabole dite « des ouvriers de la dernière heure » que Jésus raconte à ses disciples.

Le maître s’était mis d’accord avec ses ouvriers pour un salaire d’une pièce d’argent. C’est la règle du jeu ce jour-là. Et bien sûr, ceux qui ont travaillé depuis le début de la journée ne sont pas contents lorsqu’ils découvrent, à la fin de la journée, que ceux qui sont venus à la dernière heure gagnent eux aussi une pièce d’argent.

Mais le maître leur rappelle que c’était la règle du jeu : une pièce d’argent ce jour-là pour avoir travaillé.

Peut-être que ceux qui sont venus au dernier moment ne pouvaient pas produire davantage de travail. Peut-être que le dernier de la classe ne pouvait pas répondre à la question difficile, demandant un développement à laquelle le premier de classe a répondu ce jour-là.

Dieu nous demande selon nos capacités, ni plus ni moins. Mais il nous donne aussi la règle du jeu dès le départ. Et si on a accepté la règle du jeu, eh bien il nous demande de l’accepter jusqu’au bout. La logique de Dieu, Chers Amis, n’est pas toujours celle des hommes, pas celle qui nous apparaît au premier abord, en tout cas.

Le prophète Isaïe, dans l’Ancien Testament, le dit aussi d’ailleurs à sa manière lorsqu’il fait dire à Dieu : « Mes pensées ne sont pas vos pensées, mes chemins ne sont pas vos chemins. »

La logique de Dieu est pourtant celle d’un bon maître d’école : il donne à chacune, à chacun les mêmes récompenses, tout en demandant à chacune, à chacun ce dont il est capable, et seulement ce dont il est capable. Un peu plus aux uns, un peu moins aux autres, sera demandé selon les charismes de chacun.

Quand on était enfant, on avait bien du mal à comprendre cette justice-là, la logique du maître ou de la maîtresse d’école.

Pareil avec Dieu : devenus adultes, il y a parfois une logique divine que nous ne percevons pas toujours tout de suite.

Mais il ne nous est pas demandé de comprendre, je crois, Chers Amis ! Nous aimerions bien parfois comprendre les chemins de Dieu ici-bas, mais ses pensées ne sont pas nos pensées. On nous demande simplement d’essayer de vivre selon l’Évangile.

D’ailleurs, l’apôtre Paul le dit très bien dans sa lettre aux Philippiens : « Pour moi, dit Paul, vivre, c’est le Christ. Alors, ayez un comportement digne de l’Évangile du Christ. »

Faisons notre travail, Chers Amis, quel que soit ce travail, selon ce qui nous est demandé. Vivons selon l’Évangile, sans chercher toujours à comprendre la logique de Dieu qui nous dépasse.

Sachons simplement qu’il nous aime tendrement, comme une bonne maîtresse d’école, comme un bon maître d’école. Et il nous connaît. Il sait assez ce dont nous sommes effectivement capables, ce dont nous sommes incapables également.

Il ne nous demande pas ce dont nous sommes incapables, il nous demande ce que nous savons faire… et il nous mène vers – pardonnez-moi ! –  le Carambar suprême qu’est la vie éternelle, le même d’ailleurs pour chacun.

Alors je vous souhaite de goûter un jour à ce Carambar éternel, comme je me le souhaite aussi. Et d’ici là, essayons de répondre à notre vocation, faisons ce dont nous sommes capables.

Rien que cela est pleinement cela.

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Dans une version plus étoffée, diffusée sur Radio R, dimanche 20 septembre 2026

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